Scaër, 4 août 2017 : Libération de la parole

Par Yves MERVIN

Pa sonjan mat, nemet an daou-se marteze, a c’helle kousked divorc’hed, n’eus nemet an daou-se a zo digablus, an daou-se a ziskennas gant ar ru vras, an daou loen-kezeg.

Youenn Gwernig, « Daou vi » , 1964 [1].

 

Commémoration à SCAER Photo Y. Mervin

Allocution de Jeanine Daniel, ANACR Scaër (photo Yves Mervin)

 

Lors des cérémonies de commémoration de la Libération de Scaër (Finistère) survenue le 4 août 1944, Jeanine Daniel, représentant la section locale de l’ANACR (Association nationale des anciens combattants de la Résistance),  a prononcé un discours conforme aux canons de l’association. Elle a exalté le courage de ceux qui se sont engagés contre l’occupant allemand, le sacrifice des maquisards FTP (Francs-tireurs partisans) tombés au combat, en particulier à Kernabat le 14 juillet 1944 [2]. Elle a aussi encouragé à rester vigilant quant aux reculs possibles de la démocratie et aux atteintes à la liberté, ce en quoi nous ne la contesterons certainement pas.

Mais Jeanine Daniel a surtout terminé son discours en évoquant deux victimes de la Résistance à Scaër, faisant mention d’un procès qui aurait été intenté à leur égard avant leur assassinat. C’est probablement la première fois que l’ANACR veut bien admettre que la Résistance a commis des actes hautement condamnables à l’encontre de ses compatriotes. Dans sa revue Ami entends-tu ?, il n’y a qu’une sorte de victimes : celles de l’occupant, les autres n’existent pas.

Lire la suite sur Scaër 4 août 2017 Libération de la parole 1

 

[1] Traduction : Quand j’y pense, il n’y en a que deux à pouvoir dormir tranquille, il n’y en que deux qui ne soient pas coupables, ces deux-là qui descendaient la grande rue, les deux chevaux. Poème de Youenn Gwernig, « Deux oeufs », 1964, en hommage aux deux jeunes filles (Avant d’être exécutées à Stang-blank, Jeanette Laz et Marie-Jeanne Le Noach ont été promenées sur deux chevaux dans la grand-rue de Scaër). Paru dans Al Liamm en 1961.

 

Publicités

Printemps 1945 à Clermont-Ferrand

Le retour des prisonniers et travailleurs libérés par les Alliés

Par Jacques GANDEBEUF
La guerre n’est décidément jamais simple aux yeux des civils.
J’en avais eu la première intuition au printemps de 1945. C’était à Clermont-Ferrand, et l’on me pardonnera de le raconter.
La ville, depuis plusieurs semaines, attendait le retour de nombreux Auvergnats libérés par les Alliés. Les trains arrivaient d’Allemagne dans un incroyable désordre, sans prévenir, de jour comme de nuit. Les convois se multipliaient parfois dans une seule journée, alors qu’à d’autres moments, il fallait attendre une semaine sans rien voir venir. Des centaines de Clermontois s’agglutinaient, la gorge nouée, à la sortie de la gare et nul ne savait qui allait ressusciter. Nous les Scouts, nous joignions nos bâtons pour ménager une assez large allée dans la foule, afin de permettre aux rescapés de gagner lentement le premier autobus. Dès qu’il était plein, il partait vers les hôtels de Royat où l’attendait une nuée de secouristes en blouse blanche. Une voix, sortie du haut-parleur de la gare, annonçait à l’avance le nom du rescapé, à partir d’une liste de la Croix-rouge rédigée dans le train, sans doute à la hâte, et fournie aux cheminots : « Untel… prisonnier de guerre, Untel… déporté du travail, Untel… évadé, Untel… résistant emprisonné, Untel… déporté à Buchenwald, Untel… » Ils sortaient de la salle des pas-perdus, l’un après l’autre, en silence…
Les STO ne disaient trop rien. Ils savaient que dans l’esprit de certains Clermontois, il demeurait la vague idée qu’ils auraient pu gagner le maquis au lieu de partir travailler pour les Allemands. Comme si c’était facile !
   Lire la suite

L’affaire Caritey : les dangereux collabos n’avaient pas 5 ans…

Un article de Jean-Michel Adenot

Senones (88)

Epuration à Senones (Vosges) : Les dangereux collabos n’avaient pas 5 ans !

La libération des Vosges ne s’est pas caractérisée par des exactions particulières. Mais toute règle connait des exceptions. Dans l’été 1945, le canton de Senones va devenir le théâtre d’une affaire sordide, l’élimination de deux familles, nourrissons compris. L’étude de « l’affaire CARITEY », du nom de son principal protagoniste, reste surtout révélatrice de l’ambiance très lourde de l’immédiate après-guerre, avec ses silences et ses amitiés…

article-cour-dassises-des-vosges

Lire la suite en PDF :

L’affaire Caritey

Documents iconographiques en PDF :

Illustrations l’affaire Caritey