L’affaire Caritey : les dangereux collabos n’avaient pas 5 ans…

Un article de Jean-Michel Adenot

Senones (88)

Epuration à Senones (Vosges) : Les dangereux collabos n’avaient pas 5 ans !

La libération des Vosges ne s’est pas caractérisée par des exactions particulières. Mais toute règle connait des exceptions. Dans l’été 1945, le canton de Senones va devenir le théâtre d’une affaire sordide, l’élimination de deux familles, nourrissons compris. L’étude de « l’affaire CARITEY », du nom de son principal protagoniste, reste surtout révélatrice de l’ambiance très lourde de l’immédiate après-guerre, avec ses silences et ses amitiés…

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L’affaire Caritey

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Illustrations l’affaire Caritey

 

Les faux traîtres

faux traîtres Poitiers

(Source : photomontage affiche 1943 delcampe.net/carte ancienne Blondel la Rougery)

Les faux traîtres par Luc Rudolph, membre actif de l’HSCO

Le 17 juillet 1944, l’inspecteur de police résistant Antoine Cantin est fusillé à Millac ou à Le Vigeant (Vienne), avec son adjointe et peut-être maîtresse –résistante aussi, la surveillante de police Fernande Gaillard, sur décision d’une cour martiale du maquis présidée par le capitaine Maurice Blondel.

L’inspecteur des Renseignements Généraux Antoine Cantin Le Saint, 91, est né à Phalsbourg (Moselle) en mai 1919. Quand la Moselle devient allemande, Cantin n’hésite pas : il s’évade vers la zone libre et devient dans un premier temps employé du Cadastre en Dordogne. Il y sera un des fondateurs de la Légion des Alsaciens-Lorrains, une structure violemment antiallemande et anti-collaborationniste. Il sera aussi un des premiers agents locaux des MUR (Mouvements Unis de Résistance) après avoir œuvré pour Libération-Sud. Recruté dans la police en 1943, d’abord en Dordogne, il avertit des habitants de Jaunay-Clan et de Chasseneuil visés par des sympathisants de la collaboration. Puis il se trouve nommé aux Renseignements Généraux à Poitiers. Là, son collègue Jean Henri Guibert1 Kiki le recrute rapidement au sein d’un petit groupe, Espérance, créé par le capitaine Olivet, La Chouette, dont l’objectif est de fournir des informations à toutes les structures locales de la Résistance. Les deux policiers en seront les chefs. Une employée des RG locaux, Suzanne Brunelière et un autre inspecteur de police, Albert Léon font aussi partie des informateurs. Ils seront immatriculés au réseau Eleuthère, sous-réseau Acajou. Grâce surtout à Guibert et à Cantin, le groupe obtient de nombreux renseignements sur les opérations programmées contre les maquis locaux. Ainsi, à la ferme d’Ys, le maquis Gilles dénoncé par un traître, est sauvé : l’encerclement effectué le lendemain par les Allemands se referme sur le vide. L’activité résistante de Cantin consiste d’ailleurs aussi à infiltrer les structures de la Collaboration et à démasquer leurs membres et les agents des Occupants2, telle une femme de l’Isle-Jourdain, qui, jusque là, avait dupé tout le monde. Ils fournissent aussi des faux-papiers et orientent les volontaires vers les maquis. En juin 1944, les deux policiers sont nommés au service de renseignements à l’état-major départemental des FFI. Contraints de pratiquer le double-jeu, ils sont chargés par l’intendant de police Lemoine de repérer les maquis. Ils le font, en l’informant toujours trop tard, assistés par la surveillante de police Fernande Gaillard, qui accepte de ne pas communiquer d’informations qui ne seraient pas passées par les deux inspecteurs. Elle ira jusqu’à rédiger des faux-rapports, pour calmer l’impatience de Lemoine. Du coup, Allemands et miliciens arrivent toujours avec un fatal temps de retard…

Le 10 juin, Guibert et Cantin se rendent en moto dans les Deux-Sèvres, à Montalembert, pour prévenir le maquis de la Butte-Rouge d’une action de la Milice le soir-même : elle vint en fait le lendemain, mais trouva les lieux désertés. D’autres résistants sont alors sauvés par l’avis de trahison que donnent les policiers au sujet d’un nommé Pierron et plus tard sur une dame Bergon. Les deux policiers sauvent aussi par des avis donnés à temps les maquis implantés dans le secteur Adriers-Plaisance, sillonné le lendemain par les troupes allemandes. A la mi-juillet 1944, l’intendant de police envoie les deux hommes dans le secteur de L’Isle-Jourdain : ils commencent par se présenter au chef FFI local –rattaché à l’Armée Secrète de la Vienne-, le capitaine Blondel, Michel, qui les reçoit mal, les renvoie vers son supérieur, le capitaine Chêne, et les invite à ne plus reparaître. Mieux reçu par Bernard, Chêne, celui-ci se met d’accord avec les policiers pour qu’ils lui rendent régulièrement compte. Ils lui soumettent dès lors systématiquement au préalable, pour éviter tout faux-pas, les rapports adressés à Lemoine. Guibert et Cantin se séparent : seul le second revient sur les terres où il est proscrit. Son retour coïncide avec une opération des occupants qui arrêtent deux gendarmes locaux, le 17 juillet.

Cantin, interpellé ce jour vers 17h par les maquisards, rejoint au Vigeant, pour une brève captivité, Fernande Gaillard, arrêtée deux jours plus tôt. Blondel, sans rechercher l’ombre d’une preuve contre les deux captifs, les fait immédiatement passer en cour martiale vers 18h et condamner à mort. Le maquisard qui garde Cantin raconte lui avoir proposé de s’enfuir avec lui, mais a essuyé un refus de l’inspecteur : « Je suis innocent, je ne me sauverai pas, je resterai propre jusqu’au bout ». Les deux policiers sont abattus au bord d’un chemin, vers 23h. Blondel n’a jamais cherché à contacter son supérieur, dont il ne se sent pas dépendant, n’a respecté aucune procédure des cours martiales (il est pourtant officier de chancellerie…), et ne rend aucun compte. Ultérieurement, alors qu’il est initialement chargé de l’enquête sur cette tragique exécution, il accumulera les mensonges, affirmera d’abord que l’homme et la femme ont été abattus lors d’une tentative de fuite, avant d’admettre leur exécution sommaire. Il s’opposera même sans vergogne à la réhabilitation des victimes de son incurie. L’enquête menée ultérieurement par la Sûreté Nationale est un modèle du genre3. Le corps de Cantin, retrouvé à la Barrière des Loges, dépouillé de tout objet, sera dès lors considéré comme étant celui d’un inconnu. Il faudra attendre la fin de la guerre pour que la disparition de Cantin éveille quelque émoi. Mais ce sera l’action conjuguée de ses anciens collègues, de ses camarades d’Espérance et d’Eleuthère (en la personne du capitaine Sommen, Vallin, Christian), des parents du policier, puis du journal régional L’Est républicain, pour obtenir une révision du « procès » bâclé.

Les juridictions saisies estimeront que « les charges relevées contre Cantin s’avèrent inexistantes » et considéreront la condamnation et l’exécution totalement infondées, quoique couvertes par l’amnistie, pointant les multiples dysfonctionnements d’un Blondel obstiné dans son égarement. Les diverses enquêtes ultérieures concluront de même, avec des attendus particulièrement durs du général Duche en mai 1948, qui évoque en Cantin « cet excellent patriote, victime de l’erreur d’un officier ». En 1947, le Ministre de l’Intérieur parlait déjà de « la tragique incurie du colonel Blondel ». La DGER se contentait en 1946 de stigmatiser une « regrettable légèreté »… Cela n’empêchera pas Maurice Blondel d’être un lieutenant-colonel à la conscience sereine, aveuglé par ses certitudes, quoique vigoureusement mis en cause par ses anciens compagnons pour avoir, selon eux, souvent été absent lors des combats… Il est vrai que d’autres témoins louent son parfait courage. Cantin sera finalement reconnu « Mort pour la France », homologué sous-lieutenant, et décoré de la Croix de guerre avec une citation à l’ordre du Corps d’Armée. Le policier n’aura pas pu sauver deux gendarmes : le lieutenant Priquet et l’adjudant Coustant, qu’il avait identifiés comme étant ciblés par les collaborateurs et les Allemands. Arrêtés le 17 juillet, ils mourront en déportation où ils croiseront Guibert.

Kiki, pour sa part est arrêté un peu plus tard, le 26 juillet 1944 par les Allemands, sur dénonciation de la Milice, incarcéré à la prison de la Pierre-Levée, et déporté le 18 août. A Buchenwald, puis dans son kommando, Guibert sera rudement maltraité par des nazis ou des kapos sadiques : les coups de gourdin et de marteau reçus sur la tête le feront cruellement souffrir encore des années plus tard. Tombant évanoui un matin à l’appel, il passe trois semaines à l’infirmerie, soigné par un médecin espagnol. Quand le kommando de Bad Gandersheim, Guibert en profite pour s’évader à hauteur de Mersdorf. Il est rapatrié le 13 mai 1945, invalide à 115%. Quand il découvre le sort de Cantin, il entame ses recherches qui contribueront à sa tardive réhabilitation. Jean Guibert sera promu commissaire. Il est père de deux filles. Fernande Gaillard est la grande oubliée de l’affaire : son identification complète (elle est parfois affublée du prénom de Germaine) et sa sépulture sont encore inconnues.

Luc RUDOLPH

Auteur de « Policiers contre policiers », Ed SPE, 2015.

1 Né en 1921 à Bordeaux (Gironde).

2 Le rapport d’enquête indique qu’une liste complète des agents de la Milice et de la LVF a été établie par eux : elle se trouverait aux archives départementales.

3 A voir dans les Archives du BCRA au SHD.

Pour ce qui concerne plus particulièrement Mlle Fernande Gaillard, adjointe de Cantin et fusillée avec lui, voir l’article de notre adhérent, M. Laurent Busseau, sur son site (attention : Mlle Gaillard n’était pas d’origine bordelaise, elle était née à Nice) : http://www.historien-sans-frontiere.com/2017/02/28/365/

 

Epuration en Dordogne : retour sur Urbanovitch alias « Doublemètre »

(source photo : mémoire-résistances.dordogne.fr/retouche photo : aa. martineau)

(source photo : mémoire-résistances.dordogne.fr/retouche photo : aa. martineau)

URBANOVITCH Andrj, dit « André » par Jean-Jacques Gillot (membre fondateur de l’association HSCO)

Chef opérationnel de l’épuration violente en Périgord

2 janvier 1910, Velicki-Bekereck (Serbie, empire austro-hongrois)

Fils de bonne famille. Émigré yougoslave d’ascendance juive et hongroise, en 1930. Polyglotte, étudiant en droit, escrimeur protégé par le préfet de police Jean Chiappe, à Paris. Devenu publicitaire à Courbevoie (Seine) avec la petite-fille du prince russe Kropotkine, il avait connu les époux Larat, originaires de Saint-Saud-la-Coussière, lors de ses études à la Sorbonne.

Personnage aussi opportuniste que doté de facultés intellectuelles et physiques bien au dessus de la moyenne et longtemps tenu pour suspect par les autorités. Deux fois marié à des filles de la société bourgeoise installée, père officiel de deux fils mais aussi, et pour le moins, d’une fille qu’il ne reconnut jamais. Engagé dans un régiment de volontaires étrangers, sitôt la déclaration de guerre, il suivit une formation d’officier au camp du Barcarès (Pyrénées-orientales). Combattant lors de l’offensive allemande de mai-juin 1940, il fut pris sur la Loire mais s’évada rapidement du Frontstalag de Longvic (Côte-d’Or). Réfugié en Périgord Vert après être passé par Paris, d’abord oisif puis affecté aux groupements de travailleurs étrangers de la vallée de l’Isle, il fut l’intime de nombre de compagnes de rencontre. Entré à l’Armée secrète, en forêt du Landais, en 1943, puis passé aux FTP de la Double, au grade lieutenant et sous le nom de guerre de « Doublemètre » qui allait lui coller à la peau. Quasi commissaire politique car décrit comme faisant l’article marxiste auprès des jeunes maquisards. Intrépide dans des circonstances difficiles, comme lors de l’attaque d’un train allemand, à Mussidan, le 11 juin 1944. Il prit aussi part à une action contre la prison de Bergerac, le 29 juillet suivant, qui permit de délivrer une quarantaine d’internés politiques communistes.

Au cours de ses fonctions épuratives, il organisa et prit part à l’enlèvement du contre-amiral Platon, ancien ministre de Vichy et partisan ouvert de la répression contre le maquis, à la fin juin 1944. Celui-ci fut condamné à mort par un « tribunal révolutionnaire » présidé par le pseudo-résistant Yves Péron alors qu’Urbanovitch tint le rôle d’avocat pour la seule et unique fois de sa vie. Platon fut seulement fusillé le 28 août 1944, après la libération du département. Chef d’orchestre très opérationnel de l’épuration violente de l’été de la Libération et resté sous la férule de Péron, c’est l’historien Jacques Lagrange qui fut l’un des premiers chercheurs à indiquer qu’Urbanovitch avait eu des donneurs d’ordres politiques. En septembre 1944, le nouveau capitaine FTP assura également le transport à Paris de près d’un milliard de francs de l’époque (180 millions € actuels) sur les 2.280 millions pris au détriment de la Banque de France, dans un train, en gare de Neuvic-sur-l’Isle, le 26 juillet précédent.

Vingt ans après guerre, l’aventurier fut doté d’états de services extravagants par les soins de Roger Ranoux, prétendu ancien « chef départemental des FFI ». Telle une aussi précoce que mythique résistance à Paris, en 1940. Ou bien une attaque contre les Allemands, au pont de Castillon (Gironde) au cours de laquelle Urbanovitch aurait tué douze ennemis à lui seul. Engagé au 151e RI, le « régiment rouge » de Paris, l’aventurier fut membre des services de renseignements de l’armée, en Alsace, au début 1945. Pour autant, poursuivi pendant plusieurs années par cinq juges d’instruction militaires successifs et momentanément emprisonné, il fut élargi par les soins d’André Malraux.

Bénéficiaire des larges lois d’amnistie, protégé par l’omerta de l’époque et de complices appuis, il se sortit d’affaire par un non lieu des plus discutables, nanti de la Légion d’honneur, de la croix de guerre et de la rosette de la Résistance. En 1948, Christiane Couturoux, fille du chef AS René Couturoux, écrivit à l’ancien pilote américain Joel Mac Pherson pour le dissuader d’établir une recommandation à Doublemètre en lui faisant savoir « Urbanovitch est un homme dangereux » alors qu’elle décrivit la veuve de Pierre Lanxade, véritable ancien chef militaire FTP tué au combat, comme « une amie de la famille ». Formé par Pierre Worms, critique d’art réfugié en Périgord entre 1940 et 1944, l’ancien maquisard devint un marchand de peintures reconnu, installé rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris. Dirigeant de l’association des « officiers de réserve républicains » du 17e arrondissement, il revint sous la surveillance des services de police parisiens pour ses affinités idéologiques et ses potentielles responsabilités dans le cadre d’un projet d’insurrection prêté au parti communiste.

En 1956, après l’écrasement du soulèvement hongrois, il fit partie des nombreux intellectuels à rompre avec le PCF et démissionna de l’association France-URSS. Longtemps veillé par Florence Larat, sa fille cachée, il mourut de maladie dans son hôtel particulier du VIIe arrondissement, le 31 décembre 1979. Ce fut après une vie d’excès et de paillettes sentencieusement narrée à son avantage par le peu regardant Who’s who puis ingénument reprise par la presse sitôt son décès.

Pendant la guerre d’Algérie, l’un de ses fils fut un parachutiste qui prétend avoir été décoré par Mitterrand. Désormais, son petit fils exerce la profession artistique de son aïeul dans le même quartier parisien que lui. Pour tout dire, Urbanovitch se serait certainement très bien entendu avec un autre lettré, colosse et flambeur comme lui si celui-ci n’était pas né un siècle avant lui. On sait en effet qu’Alexandre Dumas avait fait fortune par son art et collectionné les conquêtes féminines.

Sources :

  • centre d’archives contemporaines de Fontainebleau, « fonds de Moscou »
  • archives de la préfecture de police de Paris ; dossiers des officiers FFI, service historique de la Défense, Vincennes
  • archives départementales de la Dordogne
  • archives de la justice militaire, Le Blanc (Indre)
  • entretiens avec Florence Larat (†), Philippe et Roland Urban, enfants de l’intéressé
  • entretien avec Alexandre Urban, petit-fils de l’intéressé
  • Lagrange, 1944 en Dordogne
  • Gillot et Lagrange, L’Épuration en Dordogne selon Doublemètre et Le Partage des milliards de la Résistance
  • Gillot, thèse et Les Communistes en Périgord
  • Gillot et Maureau, Résistants du Périgord
  • Gillot, Chroniques des années de guerre en Périgord)
  • Beaubatie, Gillot et al., Le Périgord d’une guerre mondiale à l’autre
  • Gillot, Le maillon rouge, à paraître)

Pour aller plus loin : L’Epuration en Dordogne selon Doublemètre, Jean-Jacques Gillot et Jacques Lagrange, ed. Pilote 24, 2002

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Info médias : Emission radio/« Un seul châtiment pour les traîtres  » de Xavier Laroudie sur France Bleu Limousin

Présentation de l’ouvrage de Xavier Laroudie « Un seul châtiment pour les traîtres  » lors de l’émission radio « Les spécialistes » diffusée le 6 septembre 2016 sur France Bleu Limousin. Présentation : Xavier Bourdelas

Un seul châtiment pour les traîtres Xavier Laroudie

A réécouter sur France Bleu Limousin :

Emission « Les spécialistes » du 6 septembre 2016 France Bleu Limousin

 

Le drame des Alsaciens-Mosellans en France

alsace occupation allemande hugel

(crédit photo : Etienne Hugel)

Charles Bohnert, membre fondateur de l’association HSCO parle courageusement du déni de justice qui a frappé les Alsaciens-Mosellans réfugiés, notamment dans la région de Vierzon dans le Cher. Un peu à la façon des animaux malades de la peste de Jean de la Fontaine.

Il est utile de rappeler qu’en septembre-octobre 1939, environ 120 000 Alsaciens-Lorrains, habitant près de la frontière allemande devenue zone des combats, seront transférés dans le Centre et le Sud-Ouest de notre pays.

Les différences culturelles, l’accent germanique ne facilitent pas l’intégration temporaire.

Les occupants vont avoir un besoin important et urgent d’interprètes. Ils vont donc engager massivement des Alsaciens-Lorrains naturellement bilingues.

A la Libération s’ouvrit une période de suspicion généralisée et administrative à l’encontre de nos compatriotes venus de l’Est, qualifiés souvent de boches.

Michel Martineau

Le drame des Alsaciens-Mosellans en France par Charles Bohnert

Durant les quatre années d’occupation, des réfugiés Alsaciens-Mosellans auront des activités liées à leurs emplois dans les départements annexés. Ex : dans l’enseignement, dans la gendarmerie, dans la police, dans les administrations de l’état. Pour toutes ces personnes à la Libération, une enquête des services de police sera demandée afin de leur permettre de retourner chez eux. Malheureusement dans certains cas, les agents chargés des enquêtes n’agissaient pas au mieux des intérêts des demandeurs. Des mises en détention administratives seront souvent la solution de facilité, ce qui va entraîner pour certains réfugiés, l’impossibilité de retrouver leur ancien travail au sein des administrations.

En 1944 et 1945, la chasse aux collaborateurs ou supposés sera un des buts principaux de certains (résistants). Chaque région, chaque ville a eu des interprètes. Si certains ont effectivement intégré les forces d’occupations dans divers services, beaucoup ne seront que des employés au titre d’interprète auprès des autorités Françaises et Allemandes. Malheureusement le regard qui sera porté sur eux par une partie de la population ne fera que provoquer une forme de haine vis-à-vis d’eux. Pour ces hommes et ces femmes, même en prouvant qu’ils avaient simplement fait un travail en toute honnêteté , les conséquences pour beaucoup seront des plus dramatiques. Plus de 72 ans après, pour beaucoup de personnes ces Alsaciens ou Mosellans restent des boches.

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Le drame des Alsaciens-Mosellans par C. Bohnert

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Charles Bohnert, membre fondateur de l’association HSCO

Info publication membre : pavé explosif dans le marais Guingouin

Un seul châtiment pour les traîtres Xavier Laroudie

Xavier Laroudie lance un pavé explosif dans le marais Guingouin

Un gros pavé intitulé « Un seul châtiment pour les traîtres » publié par Geste éditions. À prendre à pleines mains. Sans pincettes.
Arrivé dans ma boîte à lettres j’ai commencé la lecture du livre et vous le recommande déjà. Il vaut le voyage.

Préfacé par Jean-Marc Berlière, professeur émérite d’histoire contemporaine et lanceur d’alerte sur l’épuration sauvage à la Libération, plus importante que ne le présente le bilan des enquêtes officielles.

Xavier Laroudie le prouve par sa chasse aux documents, aux archives et dans les états civils des communes de la Haute Vienne. Un travail de Romain. Dix années à débusquer les omertas, les légendes épiques et les cadavres d’inconnus, jetés dans des « fosses secrètes à proximité de maquis sulfureux ».

La balle dans la nuque signait le châtiment.
On sait que la Résistance dans le Limousin c’était d’abord Guingouin, « le préfet du Maquis » de « la petite Russie ».
Mais ce n’était pas que Guingouin chassé par le Parti communiste, puis rattrapé et repris dans la maison rouge peu d’années avant sa mort.
L’auteur se garde bien de jeter « le bébé avec l’eau du bain ». Il sait distinguer l’ivraie et le bon grain des authentiques résistants de ces temps troubles de la Libération. Son pavé va déranger les propriétaires du Marais qui vont le lui faire savoir bruyamment. Attendons nous à les voir bondir au dessus des roseaux et brandir le chiffon rouge du dénigrement de la Résistance et des Résistants. On connait.

Dans la préface, Jean-Marc Berlière signale le dernier livre (1) où Pierre Daix, ardent militant communiste, déporté à Mauthausen à 17 ans, rédacteur en chef des Lettres Françaises, collaborateur d’Aragon et ami de Picasso, « appelle de nouvelles générations d’historiens […] à en finir avec tous les dénis de mémoire qui subsistent, les oublis et les arrangements de bienséance ».

Xavier Laroudie, à son insu, répond à cet appel, et de belle manière !

Gilbert Moreux

Un seul châtiment pour les traîtres

1 « Les combattants de l’impossible, la tragédie occultée des premiers résistants communistes », Pierre Daix, éd. Robert Laffont 2013 p 220

Les combattants de l'impossible Pierre Daix

L’abjection est universelle

femme tondue
(source : photo extraite du livre « Femmes tondues, la diabolisation de la femme en 1944 », Dominique François, éd. Cheminements, 2006)

Paroles de Mervin et de Laroudie, paroles de Breton et de Limousin … Après lecture des prises de positions de ces deux membres de l’HSCO, j’ai souhaité leur faire part de ma propre expérience en ce domaine. J’ai passé le temps de l’Occupation en région parisienne. Il est évident de dire que par comparaison avec la Bretagne et la R5, la situation a été nettement moins troublée. La préfecture de Police faisait contre-poids aux Communistes et les éléments de la 2ème DB venaient en renfort.

L’ordre républicain fut promptement rétabli avec quelques couacs du type de la prison privée de l’école dentaire du 13ème arrondissement. Cet établissement qui était tenu par le capitaine FTP Bernard n’avait rien à envier à la Gestapo française de la rue Lauriston Paris 16ème. Et dire que cet enfer qui a duré deux mois était à quelques centaines de mètres du PC du colonel Fabien… (voir « Ainsi finissent les salauds » de Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, ed. Robert Laffont, 2012 et aussi sur internet :  « L’âge de Caïn, premiers témoignages sur les dessous de la Libération de Paris » de Jean-Pierre Abel, éd. Nouvelles, 1947).

Il y a une quinzaine d’année, lorsque j’ai abordé l’étude de la période de l’Occupation, j’ai recensé tous les livres disponibles sur le sujet dans les bibliothèques municipales avec les incontournables monopoleurs de la pensée basique, Ouzoulias et Amouroux. Amouroux était proche de mes propres souvenirs mais peu synthétique.
Ouzoulias m’est apparu suspect quand il a abordé des situations et des gens que je connaissais bien, un tueur compulsif de Français, intelligent, sans repères, transformé en bisounours catholique ! J’ai lu aussi des ouvrages de journalistes qui bricolaient sur des épaves des archives des BS de la préfecture de Police…

Ah ! Ces fameuses archives détruites, disparues… mais bien au chaud dans les caves de la PP (la grande oreille mais aussi la grande mémoire).

Ensuite j’ai abordé les Archives nationales, persuadé que j’allais me faire virer comme un malpropre ! Bien au contraire, j’ai reçu le meilleur accueil. J’avais parmi mes nombreux objectifs de consulter les dossiers criminels des années 1943/1944.

J’ai pris le chemin de Fontainebleau où étaient logées les Archives qui m’intéressaient. A mon premier chemin de croix, à l’heure où blanchit la campagne, après une bonne heure de Transilien crasseux, j’arrive à Fontainebleau ville impériale. Je suis avec une bande de doctorants dans le coaltar et mutiques. Là une navette généreusement affrétée par l’Administration doit nous transporter aux Archives coincées dans la forêt, à proximité de la route nationale. J’avais connu une chose comparable avec le camp d’instruction du 1er régiment du train à Montlhéry.

Afin de donner un éclairage complémentaire aux propos d’Yves Mervin et de Xavier Laroudie, je vais essayer de restituer ci-dessous l’essentiel de mes notes.
Je vais m’exprimer sur des faits survenus en France à la même période et ainsi apporter un supplément d’ambiance générale.

Aux A.N. de Fontainebleau, les affaires criminelles sont sous la référence 1 987 0802 et pour mon propos, les boîtes 5, 6, 7 et suivantes.

Je peux ainsi synthétiser mon examen des cartons sur les affaires criminelles. Par respect pour les familles, je ne donnerai jamais de noms.
La seule chose que je m’efforcerai de retenir, c’est le climat et la tendance de l’évolution
des comportements criminels.

Le premier constat concerne la police qui continue, de jour comme de nuit, à faire son travail d’une façon très professionnelle, comme avant guerre. Il est très important de noter que « les flics de Vichy » le sont devenus par un coup de baguette magique en juillet 1940. Il n’est pas inutile de rappeler que les Chambres réunies ont piteusement abandonné, à une majorité écrasante, le mandat qu’elle avaient reçu du Peuple à un vieillard de 84 ans… Il y a des dossiers clairs, bien présentés, bien rédigés, avec photos, parfois glaçantes, divers documents d’enquête. On constate la permanence de la procédure en 1940, 1944, 1955.

Tout y passe : Les crimes, les tentatives, que cela concerne des Français ou des Allemands – victimes ou assassins – ! Un allemand est impliqué ? Il y a enquête et transmission à la Feldgendarmerie. Il y a beaucoup de policiers tués et par forcément pour des motifs recevables au plan de la collaboration. On les tue parce qu’ils sont flics de Vichy, pour ce qu’ils sont, pas pour ce qu’ils auraient fait. C’est une sorte de roulette russe !

A partir de 1943, s’ensuit un crescendo de femmes exécutées sommairement. Le principal reproche concerne le fait qu’elles couchent avec les Allemands. Parfois l’accusation est pire et souvent vérifiée, elles dénoncent allègrement à ce que les gens nomment la Gestapo. La police qui fait son travail dit dans ses rapports : la femme X « fille soumise » a été tuée par les FTP car, selon toute vraisemblance, elle était indicateur de la police allemande…

Parmi les victimes se trouve naturellement une majorité de membres de la Milice, de la LVF, du PPF, du Groupe collaboration, Francistes et Pétainistes de tout poil.
L’armement des « terroristes » évolue. On passe du 6,35 début 1943 au 7,65 puis au 9mm parabellum et à la mitraillette Sten ou à la Thomson de 11,43.
La Thomson a été utilisée lors l’attentat très médiatisé contre l’intendant de police de Toulouse Berthelet, le 5 octobre 1943.
Exceptionnellement, la victime se rebiffe, comme ce maire du Val d’Oise nanti d’un port d’arme, qui a pu dégainer et mettre ses deux agresseurs en fuite.

La période suivante va de janvier à avril 1944. On conserve les mêmes tendances lourdes. Les traîtres, selon la dialectique communiste, sont des femmes à la cuisse légère, des curés, des collabos de toutes sortes et quelques Allemands. Par-ci par-là quelques bons crimes crapuleux, comme jadis !
J’ai maintenant une référence géographique. L’ensemble de ces méfaits est semble-t-il, bien localisé. D’abord dans le nord du pays puis essentiellement dans le sud/sud-ouest. Il s’agit de Toulouse, du Lot et Garonne, de la Drôme, du Vaucluse, des Hautes-Alpes et des Alpes de Haute-Provence (ex : B A,H A ).

Le nombre de policiers assassinés est très important, sans qu’on sache pour quelles raisons objectives. Nous arrivons à la conclusion suivante, c’est que dans bien des cas, comme pour les Juifs, on les a supprimés pour ce qu’ils étaient !

On relève aussi clairement le cas de gens assassinés par la police allemande qui comprenait beaucoup de Français fusillés à la Libération ou liquidés au coin d’un bois.

La police pendant cette période difficile mène ses enquêtes avec le même professionnalisme. Certaines de ces enquêtes aboutiront en 1951 voire 1953 parfois stoppées par les lois d’amnistie ; ces enquêtes n’ont aucune exclusive, elles concernent tout le monde : victimes des FTP, de la Milice, du Milieu, des Allemands.
Les inspecteurs ne pratiquent pas encore la langue de bois de notre époque et de plus ils ont un français de qualité. Les motifs invoqués par les enquêteurs le sont sur le comportement des victimes bien connu de la Grande Maison. Avec de faibles moyens la police de 1944 pourrait donner des leçons à ses contemporains concernés. Parmi les motifs on peut noter : « couche avec les Allemands », « dénonce des collaborateurs », « a des accointances avec les Communistes »… , no limit !

Nous aborderons maintenant la période qui couvre grosso modo l’année 1944 ; on dénombre pour la période plus de 2000 affaires. Mais il n’y a pas tout. En effet
il y a d’autres dépôts, des documents perdus, des pièces compromettantes volées, des drames à jamais inconnus.

La concentration des affaires peut se résumer aux régions approximatives suivantes : Nord, Bretagne, Alpes, Provence, Massif Central, Aquitaine. Il y a peu de chose pour l’Île de France, dont le département de la Seine, car nous n’avions pas les chiffres de la préfecture de Police.
Parmi les victimes, il y a des gens tués par la Résistance (pris comme terme générique pouvant recouvrir des réalités diverses). Nous faisons allusion ici à une pseudo-résistance qui tue par exemple une grand mère avec son petit fils de 4 ans, une femme de prisonnier de 35 ans avec ses fillettes de 6 et 13 ans, au motif présumé de sympathie pour l’occupant.

A l’occasion on vole l’argent liquide, les provisions, on viole etc. Des familles entières sont supprimées au motif que le chef de famille est collabo, mais on tue aussi la femme, les enfants et le bébé dans son berceau. Beaucoup de femmes sont encore assassinées, toujours pour le même motif. Les exécutions sommaires par les Allemands sont nombreuses et brutales. La bête est aux abois. Un exemple parmi tant d’autres de l’inhumanité de ces gens là : 5 à 30 jeunes gens de 18 à 20 ans sont tués au détour d’un chemin forestier après avoir été dépouillés de leurs papiers. Comment les reconnaître ?

La police et la gendarmerie continuent leur travail quelques soient les gouvernements, Pétain, de Gaulle, la 4ème République. Les enquêtes suivent patiemment
jusqu’à leur aboutissement vers 1948/1949, parfois plus tard. Les assassins sadiques de l’école dentaire n’en avaient pas encore fini avec la police en 1953.
L’impression qui se dégage est que malgré la tempête, les structures de l’Etat sont restées en place, ce qui nous aura évité la révolution prolétarienne ou l’occupation américaine.

Michel Martineau

Mars 2016

Edit (HSCO) suite au commentaire de Cagouille, deux ouvrages pour aller plus loin :

bleubite boudard

Bleubite, Alphonse Boudard, éd. Plon, 1966

au bon beurre dutourd
au bon beurre dutourd 2

Au bon beurre, scènes de la vie quotidienne sous l’Occupation, Jean Dutourd, éd. Gallimard, 1952

(Source photo : Amazon)