Info nouveau membre/Lectures recommandées

Nous avons le plaisir d’accueillir Gilles Antonowicz, avocat et historien, au sein de l’association HSCO. Parmi ses nombreux ouvrages, nous vous recommandons notamment « 13 mai 1943, mort d’un Collabo  », coéditions Scrineo/Nicolas Eybalin, collection au vif de l’Histoire, 2013 et la réédition de « DEFENDRE ! Jacques Isorni, l’avocat de tous les combats » ed. Marges de manoeuvre, collection Regard sur l’Histoire, 2016

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Résumé :

Qui a tué le docteur Guérin, le 13 mai 1943, dans une ruelle sombre de Poitiers ? Qui a assassiné son double, Pierre Chavigny, l’éditorialiste virulent du journal collaborationniste L’Avenir de la Vienne ? Afin de raconter ce drame dans toutes ses dimensions jusqu’au procès d’assises retentissant dans lequel intervient Maurice Garçon, l’avocat le plus célèbre de son temps, Gilles Antonowicz repasse toutes les années de l’Occupation dans cette ville de la France ordinaire.
Située à quelques kilomètres au nord de la ligne de démarcation, Poitiers traverse pendant quatre ans toutes les épreuves de la France vaincue et occupée (rationnemement, marché noir, délation, STO, attentats et représailles, rafles de Juifs, arrestations de résistants, camps d’internement, déportations…). Gilles Antonowicz suit la route d’une vingtaine de personnages, du collaborationniste le plus ultra au résistant le plus héroïque en passant par certains serviteurs de Vichy au jeu trouble et ambigu.
En décryptant les alliances improbables qui se nouent, les trahisons qui se préparent, les haines qui se tissent, les vengeances qui s’ourdissent, cette enquête nous plonge dans la vérité des choses et des êtres. Raconter l’assassinat de Guérin alias Chavigny, analyser ce dossier dans lequel intervint Maurice Garçon, c’est passer les années noires au scalpel de la micro histoire, raconter la vie des Français sous l’Occupation, et croiser la route de personnages dont les parcours illustrent les différents chemins où chacun pouvait s’engager, au risque de s’y perdre.

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NB  : Ce ouvrage est disponible exclusivement sur le site de l’éditeur à l’adresse ci-dessous :

http://www.margesdemanoeuvre.fr/_isorni

Retrouvez le parcours et l’ensemble des publications de l’auteur sur sa page Wikipedia :

Gilles Antonowicz Wikipedia

 

 

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Info publication/« Maquisards russes en Bourgogne »

Des mines de Montceau à la forêt de Châtillon-sur-Seine,
un aspect surprenant de la Résistance,  » Maquisards russes en Bourgogne, histoire du détachement Léningrad 1943-1944  » est le premier ouvrage de notre membre Gérard Soufflet, préfacé par Jean-Marc Berlière.

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De la plaine de la Saône au Morvan, des mines de Montceau aux
forêts du Châtillonnais, durant une année, d’octobre 1943 à la
Libération, des Soviétiques, évadés de camps de travail allemands,
ont formé un maquis qui a sillonné trois départements
bourguignons.
Pour retracer leur histoire, Gérard Soufflet a exploité divers fonds
d’archives, en France et en Pologne, et retrouvé les derniers
témoins de leur passage.
Sont ainsi éclairés et reliés entre eux nombre de faits restés
jusque-là inexpliqués : sabotage aux mines de la Machine, maquisards
inconnus tués et abandonnés dans la vallée de l’Arroux,
assassinats aux abords de la forêt de Gergy, pillages effectués par
des hommes « parlant étranger »… On comprend comment la
Main d’OEuvre Immigrée (MOI) contrôlait à distance de tels groupes
et comment celui de Bourgogne, le détachement Léningrad,
reçut en permanence le soutien, parfois conflictuel, de l’organisation
FTP-MOI des mineurs polonais du bassin montcellien. Ses
relations parallèles avec la résistance gaulliste ne sont pas le point
le moins surprenant de ce livre.

Maquisards russes en Bourgogne, histoire du détachement Léningrad 1943-1944, Gérard Soufflet, éd. de L’Armançon, avril 2016 préfacé par Jean-Marc Berlière

Lire la préface : Préface  » Maquisards russes en Bourgogne « 

Pour aller plus loin, rendez-vous sur le blog de Gérard Soufflet :

Résistance polonaise en Saône-et-Loire

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Voutezac : « L’affaire des oisifs » (1943)

Voutezac : « L’affaire des oisifs » (1943)

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Source photo : lemosin.net

A partir de mars 1942, Fritz Sauckel, le commissaire général du IIIe Reich pour l’emploi de la main d’œuvre, s’est employé à recruter le maximum de travailleurs dans toute l’Europe, et tout particulièrement en France.

Le 4 septembre 1942, le gouvernement de Vichy, afin de satisfaire une demande pressante, a promulgué une loi « relative à l’orientation et l’utilisation de la main d’œuvre » en vue de mobiliser les hommes de 18 à 50 ans et les femmes de 21 à 35 ans. Mais une seconde loi a vu le jour le 16 février 1943, encore plus contraignante, instituant un Service du Travail Obligatoire (STO).

Les jeunes gens nés entre le 1er janvier 1920 et le 31 décembre 1922 devaient se présenter à la Mairie du chef-lieu de canton dont dépendait la commune où ils résidaient, pour y être recensés et y subir une visite médicale.

Il se trouve que d’autres personnes ont été concernées par cette loi, au terme d’un processus inédit, le plus souvent passé sous silence dans les ouvrages généralistes.

Trois victimes

Courant mars 1943, le président de la délégation spéciale de Voutezac a reçu de la préfecture de la Corrèze une note lui demandant d’établir la liste des « oisifs », vivant sur le territoire de sa commune, avec le concours de trois personnes qualifiées de « respectables » ou d’ « honorables ».

D’après la déposition qu’il a faite devant le 14e Bataillon FTP, ils ont tous les quatre « déterminé les noms des jeunes gens susceptibles de [les] intéresser. » Il ne s’est pas rendu compte que les actes de ses subordonnés, qui l’ont, dit-il, « largement influencé dans cette circonstance, tombaient sous [sa] responsabilité. »

« Quand ces trois jeunes gens ont été découverts, personne n’a élevé la voix.

Quelques jours plus tard une voiture des GMR est arrivée, a enlevé les trois jeunes gens qui avaient été arrêtés à 4 heures du matin par les gendarmes d’Objat. Une grosse émotion a régné dans le bourg pendant quelques jours, et voyant cela la délégation spéciale conduite par moi est allée à la préfecture pour protester contre la forme d’arrestation de ces jeunes gens. Leur sort ne m’a pas préoccupé. Deux sont revenus après une intervention de l’intendant de police.

J’ai reçu une deuxième circulaire environ un mois après me demandant un autre état d’oisifs. Je n’ai pas répondu à ce sujet.

Je reviens sur le fait que personne n’a élevé la voix après la désignation des trois jeunes gens.

Il est absolument faux qu’un membre de la commission ait élevé la voix contre ce projet. Je démens avoir dit : « Nous sommes trois contre vous. » Je n’ai pas songé à m’inquiéter que ces gens allaient travailler pour l’organisation Todt.

Je reconnais avoir exécuté fidèlement les ordres sans songer à transmettre une liste néant ou à transmettre une liste sabotée. »

Cultivateur et président de la délégation spéciale, dont il a démissionné au mois de février 1944, il avait 75 ans. Il était membre de la Légion des Combattants.

Le deuxième membre de la commission est né le 2 mai 1887 à Redfern Sydney (Australie), d’origine belge, mais naturalisé français en 1932 ; volontaire en 1914, Croix de guerre belge.

Il précise qu’en « consultant les listes de recensement », ils ont ensemble « examiné le cas de chacun » et se sont arrêtés sur trois noms, qu’ils ont « d’un commun accord», décidé d’« inscrire sur la liste des oisifs », vu qu’ils ne leur « paraissaient pas travailler ». C’est par la rumeur publique qu’il a appris que les trois jeunes gens avaient été emmenés « comme des salauds ». Et d’ajouter qu’il ne pensait pas « que cette liste serait envoyée et qu’il ne s’est pas préoccupé du sort des jeunes gens. »

Comme le maire, il était légionnaire.

Le troisième témoin, auditionné dans le contexte de la libération du département, a déclaré que malgré son opposition, trois jeunes furent désignés et internés, une quinzaine de jours plus tard, au camp de Nexon (Haute-Vienne), d’où deux d’entre eux furent relâchés, alors que le troisième fut transféré en Allemagne.

Le secrétaire de mairie, présent à la délibération, a confirmé que ce dernier témoin avait bien « protesté pour l’envoi d’une liste néant », mais que le président de la délégation spéciale lui avait rétorqué ceci : « Nous sommes trois contre vous. »

Ces trois témoignages montrent combien l’exigence de vérité se heurte à la difficulté d’une enquête historique. Jean-Marc Berlière a raison lorsqu’il écrit que « le témoin, et c’est humain, a oublié, se trompe, confond, recompose, occulte, fabule, exagère, reconstruit, ment, invente, se vante, dissimule. »

Une des trois victimes a témoigné, ce qui aide à mieux comprendre les tenants et aboutissants de cette sombre « affaire. » Le 1er septembre 1944, Jacques Lajugie, alors secrétaire à la Police de Sûreté de Limoges, a déclaré qu’au début du mois d’avril 1943, trois ou quatre jours avant qu’il ne se présente à un concours de la Police, il a été arrêté par la gendarmerie d’Objat et immédiatement transféré au camp d’internement de Nexon par une voiture des GMR de Tulle. Avec lui se trouvait Jean Sage, qui devait lui aussi se présenter quelques jours plus tard à un examen de la Police.

« Aucune explication » ne lui a été fournie. A la suite de l’intervention de l’Intendant de Police, ils furent tous les deux remis en liberté afin de pouvoir se présenter aux épreuves.

Dès qu’il fut libéré, il s’est livré à une enquête, de laquelle il est ressorti que leurs trois noms avaient été communiqués à la Préfecture de Tulle par un comité spécial, qui avait siégé en secret. Mais impossible pour lui d’obtenir d’autres précisions. Tout ce qu’il fut en mesure d’apprendre, c’est qu’ils avaient « été signalés comme oisifs… »

Cette affaire de Voutezac illustre, de façon saisissante, combien l’historien doit être prudent, et même précautionneux, lorsqu’il construit son récit à partir de témoignages, et prouve, s’il en est besoin, qu’il doit se livrer « à des vérifications scrupuleuses, des croisements incessants et des recoupements multiples. »

Afin de mieux débusquer des contradictions, des alibis et des a priori, des justifications et des subterfuges…

Gilbert Beaubatie

Vice-président de l’association HSCO