Info publication membre : Lettre aux amis de la police (et de la gendarmerie) #4 2016

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Jean-Marc Berlière nous propose le dernier numéro de sa « Lettre aux amis de la police (et de la gendarmerie) » en document PDF à consulter sur le lien ci-dessous :

Lettre aux amis de la police 2016-4

 

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A la recherche du mitrailleur RAAF Loder épisode 1 : Tout vient à point à celui qui cherche !

Par A. Martineau (membre de l’HSCO)

Un minuscule carnet de notes avec ces quelques mots inscrits par mon grand-père, le commissaire de police Franck Martineau, le samedi 30 mai 1942 : « Avion abattu à Bonneuil ».

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En 2003, muni de ces maigres éléments, Michel Martineau (mon père), me confie la mission de retrouver un des hommes faisant partie de l’équipage à bord de ce fameux avion abattu.

Dans l’histoire familiale, le nom de cet aviateur secouru par mon grand-père n’a jamais été oublié : Godefroy LODER. L’espoir de le retrouver semble néanmoins faible : notre vétéran australien s’il a survécu à la guerre, doit avoir au minimum 80 ans au moment où je commence mon enquête.

Nous sommes donc en 2003. Internet est déjà (dans une moindre mesure) un outil extraordinaire : la clef d’accès à des millions d’informations, une bibliothèque sans limites pour celui qui a l’esprit curieux. Je démarre avec de sérieux atouts : Je suis bilingue, je dispose subitement de beaucoup de temps libre et d’un accès illimité à Internet sur mon lieu de travail blotti au milieu de vallées écossaises verdoyantes. Mais surtout, j’aime les enquêtes et je relève le défi qui m’attend avec enthousiasme !

Pendant plusieurs jours, j’épluche minutieusement les bases de données d’archives de la RAF (Royal Air force), de la RAAF (Royal Australian Air force) qui me conduisent vers d’autres sites moins officiels. Le Royaume-uni et l’Australie semblent déjà très en avance sur la France en matière d’accès en ligne aux archives de guerre. La pêche s’avère rapidement fructueuse puisque je parviens à identifier avec certitude «  l’homme au parachute  » que mon grand-père a retrouvé en ce mois de mai 1942, accroché sur le château d’eau de Garges-lès-Gonesse, non loin de Bonneuil-en-France (Val d’Oise ex-Seine-et-Oise).

Archives de la RAAF, registre WW2 Nominal Roll, archives du Commonwealth Department of Veteran’s Affairs

J’apprends que « Godefroy » Loder s’appelle de son nom complet Godfrey Hugh Loder, qu’il est né en décembre 1921 en Australie et qu’il était adjudant dans la RAAF. Au moment des faits qui concernent mon grand-père, il est âgé de 20 ans. Il a été mobilisé en août 1940. Le registre indique qu’il a été prisonnier de guerre (POW) et sa démobilisation effective en novembre 1946. Notre mitrailleur s’en est donc sorti « indemne ». La recherche peut continuer…

Archives de la RAF, section de la RAF Bomber Command 1939-1945, journal de campagne, mai 1942

L’entrée du 29/30 mai 1942 mentionne la sortie de plusieurs escadrons sur la zone de Paris/Gennevilliers. La cible est l’usine Gnome et Rhône située au Petit-Gennevilliers à environ 10 km à vol d’oiseau de Bonneuil-en-France/Garges-lès-Gonesse, lieu du crash de l’avion de Godfrey Loder. Le rapport déclare que l’usine a subi très peu de dommages. Opération aérienne désastreuse qui se fait au détriment hélas des civils (38 logements totalement détruits, 37 morts, 167 blessés).

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A gauche, la cible à Gennevilliers, à droite le point d’impact de Godfrey Loder

(Source photo : histoire-nanterre.org)

La liste des avions militaires de sortie cette nuit là est considérable (77). Comment retrouver celui dans lequel se trouvait Godfrey Loder ?

Site de Peter Dunn Australia @ War/section pilotes, équipage et opérations de l’escadron 460 pour l’année 1942

La visite de ce site amateur compilant à titre gracieux et au fil des années des quantités phénoménales d’informations sur la Seconde guerre mondiale -option Australie- a été déterminante pour la suite. J’y découvre enfin la liste complète des membres d’équipage d’un escadron du « 460 », à bord d’un Vickers Wellington en mission sur la région parisienne le 29 mai 1942. Godfrey Loder y figure, c’est un gunner, un mitrailleur. Le seul autre survivant du crash se nomme C.H. Younger. Il tenait la position de navigator.

Site de l’ADF serials Australie/section Vickers Wellington

Le mystère du Wellington est définitivement résolu grâce à cet autre site de bénévoles australiens férus d’Histoire. Le Wellington est un bombardier de type Mk.IV, il porte le numéro d’identification Z1391, et est reporté perdu dans la nuit du 29 mai 1942. En regard sont inscrits les noms de Loder et Younger.

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Bombardier Vickers Wellington Mk.IV

(Source photo : www.wwiivehicles.com)

Australian White pages

L’Australie, c’est vaste… 23 millions d’habitants en 2003. Je ne doute vraiment de rien (il faut parfois y aller au culot !) en entrant les nom et prénoms de mon mitrailleur. L’annuaire me propose une seule et unique réponse, en Nouvelle-Galles du sud à la pointe sud-est du continent…

Suite au prochain épisode !

Sources dans l’ordre cité :

www.raf.mod.uk

www.ww2roll.gov.au

www.dva.gov.au

http://www.nationalarchives.gov.uk

www.ozatwar.com

www.adf-gallery.com.au

 

L’abjection est universelle

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(source : photo extraite du livre « Femmes tondues, la diabolisation de la femme en 1944 », Dominique François, éd. Cheminements, 2006)

Paroles de Mervin et de Laroudie, paroles de Breton et de Limousin … Après lecture des prises de positions de ces deux membres de l’HSCO, j’ai souhaité leur faire part de ma propre expérience en ce domaine. J’ai passé le temps de l’Occupation en région parisienne. Il est évident de dire que par comparaison avec la Bretagne et la R5, la situation a été nettement moins troublée. La préfecture de Police faisait contre-poids aux Communistes et les éléments de la 2ème DB venaient en renfort.

L’ordre républicain fut promptement rétabli avec quelques couacs du type de la prison privée de l’école dentaire du 13ème arrondissement. Cet établissement qui était tenu par le capitaine FTP Bernard n’avait rien à envier à la Gestapo française de la rue Lauriston Paris 16ème. Et dire que cet enfer qui a duré deux mois était à quelques centaines de mètres du PC du colonel Fabien… (voir « Ainsi finissent les salauds » de Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, ed. Robert Laffont, 2012 et aussi sur internet :  « L’âge de Caïn, premiers témoignages sur les dessous de la Libération de Paris » de Jean-Pierre Abel, éd. Nouvelles, 1947).

Il y a une quinzaine d’année, lorsque j’ai abordé l’étude de la période de l’Occupation, j’ai recensé tous les livres disponibles sur le sujet dans les bibliothèques municipales avec les incontournables monopoleurs de la pensée basique, Ouzoulias et Amouroux. Amouroux était proche de mes propres souvenirs mais peu synthétique.
Ouzoulias m’est apparu suspect quand il a abordé des situations et des gens que je connaissais bien, un tueur compulsif de Français, intelligent, sans repères, transformé en bisounours catholique ! J’ai lu aussi des ouvrages de journalistes qui bricolaient sur des épaves des archives des BS de la préfecture de Police…

Ah ! Ces fameuses archives détruites, disparues… mais bien au chaud dans les caves de la PP (la grande oreille mais aussi la grande mémoire).

Ensuite j’ai abordé les Archives nationales, persuadé que j’allais me faire virer comme un malpropre ! Bien au contraire, j’ai reçu le meilleur accueil. J’avais parmi mes nombreux objectifs de consulter les dossiers criminels des années 1943/1944.

J’ai pris le chemin de Fontainebleau où étaient logées les Archives qui m’intéressaient. A mon premier chemin de croix, à l’heure où blanchit la campagne, après une bonne heure de Transilien crasseux, j’arrive à Fontainebleau ville impériale. Je suis avec une bande de doctorants dans le coaltar et mutiques. Là une navette généreusement affrétée par l’Administration doit nous transporter aux Archives coincées dans la forêt, à proximité de la route nationale. J’avais connu une chose comparable avec le camp d’instruction du 1er régiment du train à Montlhéry.

Afin de donner un éclairage complémentaire aux propos d’Yves Mervin et de Xavier Laroudie, je vais essayer de restituer ci-dessous l’essentiel de mes notes.
Je vais m’exprimer sur des faits survenus en France à la même période et ainsi apporter un supplément d’ambiance générale.

Aux A.N. de Fontainebleau, les affaires criminelles sont sous la référence 1 987 0802 et pour mon propos, les boîtes 5, 6, 7 et suivantes.

Je peux ainsi synthétiser mon examen des cartons sur les affaires criminelles. Par respect pour les familles, je ne donnerai jamais de noms.
La seule chose que je m’efforcerai de retenir, c’est le climat et la tendance de l’évolution
des comportements criminels.

Le premier constat concerne la police qui continue, de jour comme de nuit, à faire son travail d’une façon très professionnelle, comme avant guerre. Il est très important de noter que « les flics de Vichy » le sont devenus par un coup de baguette magique en juillet 1940. Il n’est pas inutile de rappeler que les Chambres réunies ont piteusement abandonné, à une majorité écrasante, le mandat qu’elle avaient reçu du Peuple à un vieillard de 84 ans… Il y a des dossiers clairs, bien présentés, bien rédigés, avec photos, parfois glaçantes, divers documents d’enquête. On constate la permanence de la procédure en 1940, 1944, 1955.

Tout y passe : Les crimes, les tentatives, que cela concerne des Français ou des Allemands – victimes ou assassins – ! Un allemand est impliqué ? Il y a enquête et transmission à la Feldgendarmerie. Il y a beaucoup de policiers tués et par forcément pour des motifs recevables au plan de la collaboration. On les tue parce qu’ils sont flics de Vichy, pour ce qu’ils sont, pas pour ce qu’ils auraient fait. C’est une sorte de roulette russe !

A partir de 1943, s’ensuit un crescendo de femmes exécutées sommairement. Le principal reproche concerne le fait qu’elles couchent avec les Allemands. Parfois l’accusation est pire et souvent vérifiée, elles dénoncent allègrement à ce que les gens nomment la Gestapo. La police qui fait son travail dit dans ses rapports : la femme X « fille soumise » a été tuée par les FTP car, selon toute vraisemblance, elle était indicateur de la police allemande…

Parmi les victimes se trouve naturellement une majorité de membres de la Milice, de la LVF, du PPF, du Groupe collaboration, Francistes et Pétainistes de tout poil.
L’armement des « terroristes » évolue. On passe du 6,35 début 1943 au 7,65 puis au 9mm parabellum et à la mitraillette Sten ou à la Thomson de 11,43.
La Thomson a été utilisée lors l’attentat très médiatisé contre l’intendant de police de Toulouse Berthelet, le 5 octobre 1943.
Exceptionnellement, la victime se rebiffe, comme ce maire du Val d’Oise nanti d’un port d’arme, qui a pu dégainer et mettre ses deux agresseurs en fuite.

La période suivante va de janvier à avril 1944. On conserve les mêmes tendances lourdes. Les traîtres, selon la dialectique communiste, sont des femmes à la cuisse légère, des curés, des collabos de toutes sortes et quelques Allemands. Par-ci par-là quelques bons crimes crapuleux, comme jadis !
J’ai maintenant une référence géographique. L’ensemble de ces méfaits est semble-t-il, bien localisé. D’abord dans le nord du pays puis essentiellement dans le sud/sud-ouest. Il s’agit de Toulouse, du Lot et Garonne, de la Drôme, du Vaucluse, des Hautes-Alpes et des Alpes de Haute-Provence (ex : B A,H A ).

Le nombre de policiers assassinés est très important, sans qu’on sache pour quelles raisons objectives. Nous arrivons à la conclusion suivante, c’est que dans bien des cas, comme pour les Juifs, on les a supprimés pour ce qu’ils étaient !

On relève aussi clairement le cas de gens assassinés par la police allemande qui comprenait beaucoup de Français fusillés à la Libération ou liquidés au coin d’un bois.

La police pendant cette période difficile mène ses enquêtes avec le même professionnalisme. Certaines de ces enquêtes aboutiront en 1951 voire 1953 parfois stoppées par les lois d’amnistie ; ces enquêtes n’ont aucune exclusive, elles concernent tout le monde : victimes des FTP, de la Milice, du Milieu, des Allemands.
Les inspecteurs ne pratiquent pas encore la langue de bois de notre époque et de plus ils ont un français de qualité. Les motifs invoqués par les enquêteurs le sont sur le comportement des victimes bien connu de la Grande Maison. Avec de faibles moyens la police de 1944 pourrait donner des leçons à ses contemporains concernés. Parmi les motifs on peut noter : « couche avec les Allemands », « dénonce des collaborateurs », « a des accointances avec les Communistes »… , no limit !

Nous aborderons maintenant la période qui couvre grosso modo l’année 1944 ; on dénombre pour la période plus de 2000 affaires. Mais il n’y a pas tout. En effet
il y a d’autres dépôts, des documents perdus, des pièces compromettantes volées, des drames à jamais inconnus.

La concentration des affaires peut se résumer aux régions approximatives suivantes : Nord, Bretagne, Alpes, Provence, Massif Central, Aquitaine. Il y a peu de chose pour l’Île de France, dont le département de la Seine, car nous n’avions pas les chiffres de la préfecture de Police.
Parmi les victimes, il y a des gens tués par la Résistance (pris comme terme générique pouvant recouvrir des réalités diverses). Nous faisons allusion ici à une pseudo-résistance qui tue par exemple une grand mère avec son petit fils de 4 ans, une femme de prisonnier de 35 ans avec ses fillettes de 6 et 13 ans, au motif présumé de sympathie pour l’occupant.

A l’occasion on vole l’argent liquide, les provisions, on viole etc. Des familles entières sont supprimées au motif que le chef de famille est collabo, mais on tue aussi la femme, les enfants et le bébé dans son berceau. Beaucoup de femmes sont encore assassinées, toujours pour le même motif. Les exécutions sommaires par les Allemands sont nombreuses et brutales. La bête est aux abois. Un exemple parmi tant d’autres de l’inhumanité de ces gens là : 5 à 30 jeunes gens de 18 à 20 ans sont tués au détour d’un chemin forestier après avoir été dépouillés de leurs papiers. Comment les reconnaître ?

La police et la gendarmerie continuent leur travail quelques soient les gouvernements, Pétain, de Gaulle, la 4ème République. Les enquêtes suivent patiemment
jusqu’à leur aboutissement vers 1948/1949, parfois plus tard. Les assassins sadiques de l’école dentaire n’en avaient pas encore fini avec la police en 1953.
L’impression qui se dégage est que malgré la tempête, les structures de l’Etat sont restées en place, ce qui nous aura évité la révolution prolétarienne ou l’occupation américaine.

Michel Martineau

Mars 2016

Edit (HSCO) suite au commentaire de Cagouille, deux ouvrages pour aller plus loin :

bleubite boudard

Bleubite, Alphonse Boudard, éd. Plon, 1966

au bon beurre dutourd
au bon beurre dutourd 2

Au bon beurre, scènes de la vie quotidienne sous l’Occupation, Jean Dutourd, éd. Gallimard, 1952

(Source photo : Amazon)

Info médias/Alain Michel

Intégralité de l’article « Dans le secret des Archives de Vichy » paru dans Le Figaro Histoire février/mars 2016 Numéro 24
Auteur : Alain Michel

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Info publications membres

A lire ce mois-ci dans la « Lettre aux amis de la police et de la gendarmerie N°2 2016 » de Jean-Marc Berlière :

  • Mode d’emploi des nouvelles règles d’accès aux archives de la période de l’Occupation :

couv lettre aux amis police 2 2016

Lettre aux amis de la police 2016-2

  • Le Périgord d’une guerre mondiale à l’autre, Gilbert Beaubatie (vice-président de l’association HSCO) et Jean-Jacques Gillot (membre fondateur de l’association HSCO), ed.  Geste, 2015

Périgord guerre

« Le Périgord d’une guerre mondiale à l’autre » aux éditions Geste

Page Wikipedia de Jean-Jacques Gillot