Le drame des Alsaciens-Mosellans : documents

Pour compléter l’article de Charles Bohnert du 18 août, nous vous proposons ci-dessous une série de documents iconographiques qu’il nous a aimablement fournis.

NB : Cliquer sur les images pour consultation pleine page.

des interprétes qui vont connaitre les drames de l'épuration

Le Sonderführer en poste à Vierzon aux côtés de deux jeunes filles dont une est Alsacienne interprète. Elle sera condamnée à 20 ans de travaux forcés par contumace et à l’indignation nationale.

 

liste des interpretes sur Vierzon

Liste des interprètes à Vierzon

liste des victimes de faits de guerre

Liste des victimes des faits de guerre

Renseignements sur les fonctionnaires d’Alsace-Lorraine document PDF (cliquer sur l’hyperlien)

edmond shmitter - Copie

Edmond Schmitter

déliberation pour un alsacien

Délibération pour un Alsacien

clauser 1

Condamnation

 

 

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Le drame des Alsaciens-Mosellans en France

alsace occupation allemande hugel

(crédit photo : Etienne Hugel)

Charles Bohnert, membre fondateur de l’association HSCO parle courageusement du déni de justice qui a frappé les Alsaciens-Mosellans réfugiés, notamment dans la région de Vierzon dans le Cher. Un peu à la façon des animaux malades de la peste de Jean de la Fontaine.

Il est utile de rappeler qu’en septembre-octobre 1939, environ 120 000 Alsaciens-Lorrains, habitant près de la frontière allemande devenue zone des combats, seront transférés dans le Centre et le Sud-Ouest de notre pays.

Les différences culturelles, l’accent germanique ne facilitent pas l’intégration temporaire.

Les occupants vont avoir un besoin important et urgent d’interprètes. Ils vont donc engager massivement des Alsaciens-Lorrains naturellement bilingues.

A la Libération s’ouvrit une période de suspicion généralisée et administrative à l’encontre de nos compatriotes venus de l’Est, qualifiés souvent de boches.

Michel Martineau

Le drame des Alsaciens-Mosellans en France par Charles Bohnert

Durant les quatre années d’occupation, des réfugiés Alsaciens-Mosellans auront des activités liées à leurs emplois dans les départements annexés. Ex : dans l’enseignement, dans la gendarmerie, dans la police, dans les administrations de l’état. Pour toutes ces personnes à la Libération, une enquête des services de police sera demandée afin de leur permettre de retourner chez eux. Malheureusement dans certains cas, les agents chargés des enquêtes n’agissaient pas au mieux des intérêts des demandeurs. Des mises en détention administratives seront souvent la solution de facilité, ce qui va entraîner pour certains réfugiés, l’impossibilité de retrouver leur ancien travail au sein des administrations.

En 1944 et 1945, la chasse aux collaborateurs ou supposés sera un des buts principaux de certains (résistants). Chaque région, chaque ville a eu des interprètes. Si certains ont effectivement intégré les forces d’occupations dans divers services, beaucoup ne seront que des employés au titre d’interprète auprès des autorités Françaises et Allemandes. Malheureusement le regard qui sera porté sur eux par une partie de la population ne fera que provoquer une forme de haine vis-à-vis d’eux. Pour ces hommes et ces femmes, même en prouvant qu’ils avaient simplement fait un travail en toute honnêteté , les conséquences pour beaucoup seront des plus dramatiques. Plus de 72 ans après, pour beaucoup de personnes ces Alsaciens ou Mosellans restent des boches.

Lire la suite en format PDF (cliquer sur le lien) :

Le drame des Alsaciens-Mosellans par C. Bohnert

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Charles Bohnert, membre fondateur de l’association HSCO

Puits de Guerry : Vrais faux coupables

Puits de Guerry

(source photo : museedelaresistanceenligne.org)

Vrais faux coupables

Auteur : Jean-Marc Berlière

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On ne prête qu’aux riches, c’est bien connu et dans le domaine de l’histoire, où le premier mot – sinon le dernier – appartient au vainqueur, l’historiographie reprenant plus ou moins (in)consciemment et prudemment la mémoire officielle et les mythologies bâties par le vainqueur à sa propre gloire, accable les vaincus (normal !)et n’hésite pas à leur imputer des crimes commis par d’autres.

L’exemple sans doute le plus connu est celui de Katyn et du massacre de plus de 4000 officiers polonais qui y fut opéré à l’automne 1940 par les tueurs du NKVD : un massacre que l’URSS imputa pendant des décennies, aux nazis, au mépris des faits et des preuves, tant il est vrai que ces derniers avaient commis des milliers de Katyn pendant leur occupation (sur ce massacre, Cf. le livre de référence : Victor Zaslavsky, Le massacre de Katyn, Perrin, Tempus, 2007)

Il aura fallu attendre 1990 pour que les Soviétiques, par la personne de Gorbatchev, reconnaissent la paternité de ce crime : une paternité qui dérange encore la gauche française comme l’a montré l’hostilité de l’ accueil, en 2009, du film de Wajda dont le père  Jakub Wajda, capitaine au 72e régiment d’infanterie, fut l’un des officiers assassinés (sur le sujet et les tabous de la gauche française, Cf. le très bel article d’ Adam Michnik  dans le Monde du 15 Avril 2009 en réaction à l’invraisemblable ignorance révélée par la critique du film dans le même quotidien, le 7 avril précédent)

L’historiographie française n’est pas avare de telles attributions mensongères ou indues.

Nous rendrons donc dans cette rubrique épisodique à fréquence variable à César (ou Landru ?) ce qui est indûment attribué à d’autres.

La milice et le crime des puits de Guerry

Par trois fois, les 24, 26 juillet et 8 août 1944, 26 puis 3 juifs puis 8 femmes (certaines portant des traces de violence sadique) conduits dans une ferme au lieu-dit Guerry (commune de Savigny-en-Septaine) furent jetés, pour la plupart vivants, dans l’un des puits très profonds de la ferme. Les assassins prirent la précaution de jeter des pierres et du ciment par-dessus les corps pour dissimuler un crime qui serait resté inconnu sans le témoignage d’un survivant qui permit la découverte et l’exhumation des corps. Ces crimes monstrueux sont généralement attribués à la Milice française et en particulier à Joseph Lécussan, un antisémite pathologique et virulent, par ailleurs l’assassin de Victor Basch qu’il a tué le 10 janvier 1944 à Lyon. Ce massacre de Guerry serait une conséquence de l’affaire de St Amand Montrond (sur cette affaire cf T. Todorov, Une tragédie française : Été 44, scènes de guerre civile. Seuil)

Il n’est pas question ici de réhabiliter Lécussan, ni la Milice dont les responsabilités et les dérives sont connues et attestées dans d’autres lieux et d’autres affaires, mais, comme pour l’assassinat de Georges Mandel (Cf J.-M. Berlière et F. Le Goarant, Liaisons dangereuses : Miliciens, truands, résistants à l’été 1944, Perrin, 2013), de rétablir les responsabilités et de rappeler que Milice et miliciens – toujours désignés (par ignorance, paresse intellectuelle, idéologie ?) comme auteurs ou responsables de tous les crimes et exactions commis sous l’occupation (quand bien même parfois alors que la milice n’existe pas encore ou n’est pas déployée en zone nord)- n’est pas responsable d’un crime qu’on lui attribue un peu trop généreusement et précipitamment.

En réalité, les 37 juives et juifs assassinés dans des conditions particulièrement ignobles aux puits de Guerry, après avoir été préalablement extraits de la prison de Bourges, le furent par des Allemands du SD de Bourges, assistés de Pierre Paoli, un auxiliaire français impliqué dans nombre d’autres crimes et tortures.

Ni le SD, ni Paoli n’ont à voir avec la milice.

Si quelques-unes des victimes avaient bien été arrêtés à St Amand Montrond le 20 juillet sur les instructions de Lécussan* « qui a usurpé le titre et les fonctions de préfet du Cher » (lettre de Pétain à Laval du 6 août 1944), une fois livrés aux Allemands (le 21) ils ne dépendaient plus que de ces derniers.

La meilleure mise au point sur cette affaire complexe semble être celle de Jean-Yves Ribault (ancien directeur des Archives Départementales du Cher)

La tragédie des puits de Guerry (été 1944) : étapes, rouages et mobiles d’une répression raciale

qui rappelle que :

«L’exécution de Philippe Henriot exacerba l’antisémitisme virulent de Lécussan et de ses acolytes, tels Roger Thévenot, son collègue de Bourges (chef départemental de la Milice pour le Cher-Nord, exécuté à Bourges, le 8 août 1944, sur l’ordre du commandant Colomb — Arnaud de Vogüé —, chef des FFI du Cher-Nord). Selon toute apparence, elle constitua le prétexte qui inspira à Lécussan la rafle des juifs de Saint Amand Montrond (les 20 et 21 juillet) et leur livraison à la police allemande. » ]

Il pose ensuite cette question dont on a trop tendance à oublier la pertinence quand on se situe après la découverte de la shoah :

« On doit se demander quel sort les miliciens en général, leur chef Lécussan, cet activiste antisémite, en particulier, envisageaient pour les juifs qu’ils livraient à la police allemande ? Interrogation qui concerne d’ailleurs l’ensemble des partisans de la collaboration, depuis le sommet de l’État français jusqu’au militant ordinaire de la Révolution nationale. À Saint-Amand, comme partout ailleurs, la réponse la plus probable reste celle qui était la plus répandue dans l’opinion publique, y compris dans les cercles miliciens : les juifs étaient transférés en Allemagne ; les plus avertis pouvaient préciser : dans des camps de travail à l’Est. À partir de l’entrée des malheureux juifs de Saint-Amand dans le quartier allemand de la prison de Bourges leur sort, fatalement funeste, échappait à Lécussan. Les procédures habituelles de déportation auraient dû leur être appliquées par le SD de Bourges sous le contrôle hiérarchique du Kommandeur d’Orléans. Ce ne fut pas le cas, pour des raisons que Paoli a données avec une grande vraisemblance : ‘Comme nous étions au 24 ou 25 juillet, il était difficile, sinon impossible, d’emmener les juifs dans les camps de concentration allemands. Hassé a demandé à Orléans si cependant leur transfert en Allemagne était possible. Il lui a été répondu par le Kommandeur d’Orléans qu’il n’y avait plus moyen d’assurer leur départ en Allemagne et qu’il fallait les « liquider ». Il n’y avait en effet plus de place du tout à la prison de Bourges, qui se trouvait pleine et dans l’impossibilité de recevoir de nouveaux détenus. L’extermination de ces juifs a donc été décidée. Je suis prêt à m’expliquer en détail sur la façon que nous avons employée pour y parvenir’ ».

Les coupables (les hommes du SD de Bourges) échappèrent au châtiment :

« il y eut bien un procès dit « de la Gestapo de Bourges », les 25 et 26 avril 1950, devant le tribunal militaire de Lyon, visant les policiers allemands du SD de Bourges, nommément Merdsche, Hassé, Knittel, Winterling, Schulz, Hemmerich et Bazedow. Seul ce dernier comparut et minimisa systématiquement son rôle, consentant à peine à avouer quelques brutalités et niant énergiquement être pour quoi que ce soit dans le massacre de Guerry. Il confia seulement que, de retour en Allemagne avec ses camarades, Hemmerich lui aurait avoué que c’était lui qui, avec Winterling, et sur l’ordre de Hassé, avait exécuté les juifs et que Paoli n’avait pas participé à l’exécution. Cette indication est si proche de celle de Paoli que l’on a le choix : ou bien elle la corrobore ou bien, le témoignage de Paoli étant dans le dossier du procès de Lyon, les (excellents) avocats de Bazedow en ont eu connaissance. Condamné à dix ans de réclusion, Bazedow était rayonnant à l’énoncé du verdict, nous disent les comptes-rendus de presse. Ses complices étaient condamnés à mort par contumace. (Aucun de ces condamnés à mort par contumace n’eut à répondre de ses crimes et exactions. Le plus haut gradé, Fritz Merdsche, retrouvé en 1976 par Serge Klarsfeld à Francfort, où il exerçait ses fonctions de juge au tribunal, nia toutes les accusations en bloc, allant même jusqu’à affirmer qu’il n’y avait jamais eu de Gestapo à Orléans, ce qui, du strict point de vue sémantique, était exact. Il mourut en 1985 après une paisible retraite. On pourrait sans doute en dire autant de Hassé et de ses subordonnés. Pour être complet, signalons que le Tribunal militaire de Dijon condamna en mai 1948 à cinq ans de travaux forcés Marie-Eugénie F…. dite Annie, la jeune secrétaire bilingue et maîtresse de Hassé, qui connut tout de l’activité du SD de Bourges). »

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* Notons qu’en juillet 44, Joseph Lécussan, antisémite compulsif et pathologique, qui avait été arrêté en avril 1944 et interné sur ordre de Darnand après l’assassinat des époux Basch, le 10 janvier 1944, puis libéré, n’exerçait plus aucune responsabilité au sein de la Milice.

Info publication/rencontre dédicace Philippe Verrier

Samedi 12 mars 2016, 16h à la médiathèque de Fréteval, Loir et Cher

Médiathèque
Place Pierre Genevée
41160 Fréteval

Entrée gratuite, réservation conseillée

Renseignements au 02 54 82 67 29 ou par email à mediatheque@cchv41.fr

charles-verrier-au-service-de-la-france

Retour aux sources pour Philippe Verrier, curé de Chambord, membre actif de l’association HSCO, qui présentera son livre « Charles Verrier au service de la France » édition « Résistance 41 » des amis du Musée de la Résistance, de la Déportation et de la Libération en Loir-et-Cher.

Fréteval, 1200 habitants, au nord de Vendôme, sur les bords du Loir, commune à la longue histoire, de Richard Cœur de Lion et Philippe Auguste jusqu’à l’accueil de parachutistes alliés en 1944.

Village célèbre au siècle dernier par sa fonderie Genevée, du nom de son fondateur, l’arrière grand-père de l’auteur. Dans la famille de Philippe, on trouve des industriels créateurs, des bâtisseurs d’empire, des officiers-soldats, des prêtres… et des morts au combat. Et la foi dans l’espérance et le pardon. Le livre, à l’écriture élégante et précise est tout imprégné de ces vertus chrétiennes, inhabituelles dans de tels ouvrages.

Charles Verrier, officier d’active, a combattu durant la Grande Guerre. À l’aide d’archives et de cartes du front, son fils raconte ses combats.

1940, Charles Verrier, industriel, engagé dans la drôle de guerre est fait prisonnier au mois de mai, et transféré dans un Oflag en Allemagne. Libéré en Août 1941, il entre en résistance en septembre 1943, dans le groupement des Officiers de réserve ORA. Commandant du secteur de Vendôme en mai 1944. Acteur majeur de la libération du département , il part ensuite sur le front de Lorient et y trouve la mort le 20 décembre 1944.

Son adjoint raconte : « J’étais dans le bureau du commandant… Le Colonel (Valin de La Vaissière NDLR) est arrivé et me demande de sortir… Schneider, (un résistant exclu du régiment NDLR) arrivait, convoqué par le colonel… Puis j’ai entendu deux coups de feu, puis un troisième… J’ai vu Schneider qui sortait du bureau, son parabellum à la main, cherchant sur qui tirer… Puis il s’est fait justice par deux fois. »

Philippe a un souvenir très précis de l’attitude de sa mère :
«  J’ai demandé à l’aumônier de prier à trois intentions, d’abord pour celui à qui nous devons d’être dans la peine aujourd’hui. Il a tué deux innocents, et s’est suicidé, il faut prier pour lui. »
«  Je n’ai pas demandé à l’aumônier de prier pour nous. Nous sommes dans la peine, mais nous sommes dans l’honneur. Après-demain, à l’enterrement de votre père, il y aura trois mille personnes ». Il avait 12 ans.

En conclusion du livre on peut lire:
«  Le pardon ne supprime pas la mémoire, mais il engendre la paix intérieure »

Un très bel ouvrage, dans le fond et la forme.