L’affaire Caritey : les dangereux collabos n’avaient pas 5 ans…

Un article de Jean-Michel Adenot

Senones (88)

Epuration à Senones (Vosges) : Les dangereux collabos n’avaient pas 5 ans !

La libération des Vosges ne s’est pas caractérisée par des exactions particulières. Mais toute règle connait des exceptions. Dans l’été 1945, le canton de Senones va devenir le théâtre d’une affaire sordide, l’élimination de deux familles, nourrissons compris. L’étude de « l’affaire CARITEY », du nom de son principal protagoniste, reste surtout révélatrice de l’ambiance très lourde de l’immédiate après-guerre, avec ses silences et ses amitiés…

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L’affaire Caritey

Documents iconographiques en PDF :

Illustrations l’affaire Caritey

 

Interview de Xavier Laroudie/TV Libertés

Xavier LAROUDIE, Secrétaire général de l’HSCO a été interviewé dans l’émission Passé Présent n°118 : l’Epuration en Haute-Vienne 1944, sur TV Libertés.

Écoutez le à partir de la 30è minute sur le site de TV Libertés :

Passé Présent 118 TV Libertés

ou directement sur la plateforme Youtube :

Epuration en Dordogne : retour sur Urbanovitch alias « Doublemètre »

(source photo : mémoire-résistances.dordogne.fr/retouche photo : aa. martineau)

(source photo : mémoire-résistances.dordogne.fr/retouche photo : aa. martineau)

URBANOVITCH Andrj, dit « André » par Jean-Jacques Gillot (membre fondateur de l’association HSCO)

Chef opérationnel de l’épuration violente en Périgord

2 janvier 1910, Velicki-Bekereck (Serbie, empire austro-hongrois)

Fils de bonne famille. Émigré yougoslave d’ascendance juive et hongroise, en 1930. Polyglotte, étudiant en droit, escrimeur protégé par le préfet de police Jean Chiappe, à Paris. Devenu publicitaire à Courbevoie (Seine) avec la petite-fille du prince russe Kropotkine, il avait connu les époux Larat, originaires de Saint-Saud-la-Coussière, lors de ses études à la Sorbonne.

Personnage aussi opportuniste que doté de facultés intellectuelles et physiques bien au dessus de la moyenne et longtemps tenu pour suspect par les autorités. Deux fois marié à des filles de la société bourgeoise installée, père officiel de deux fils mais aussi, et pour le moins, d’une fille qu’il ne reconnut jamais. Engagé dans un régiment de volontaires étrangers, sitôt la déclaration de guerre, il suivit une formation d’officier au camp du Barcarès (Pyrénées-orientales). Combattant lors de l’offensive allemande de mai-juin 1940, il fut pris sur la Loire mais s’évada rapidement du Frontstalag de Longvic (Côte-d’Or). Réfugié en Périgord Vert après être passé par Paris, d’abord oisif puis affecté aux groupements de travailleurs étrangers de la vallée de l’Isle, il fut l’intime de nombre de compagnes de rencontre. Entré à l’Armée secrète, en forêt du Landais, en 1943, puis passé aux FTP de la Double, au grade lieutenant et sous le nom de guerre de « Doublemètre » qui allait lui coller à la peau. Quasi commissaire politique car décrit comme faisant l’article marxiste auprès des jeunes maquisards. Intrépide dans des circonstances difficiles, comme lors de l’attaque d’un train allemand, à Mussidan, le 11 juin 1944. Il prit aussi part à une action contre la prison de Bergerac, le 29 juillet suivant, qui permit de délivrer une quarantaine d’internés politiques communistes.

Au cours de ses fonctions épuratives, il organisa et prit part à l’enlèvement du contre-amiral Platon, ancien ministre de Vichy et partisan ouvert de la répression contre le maquis, à la fin juin 1944. Celui-ci fut condamné à mort par un « tribunal révolutionnaire » présidé par le pseudo-résistant Yves Péron alors qu’Urbanovitch tint le rôle d’avocat pour la seule et unique fois de sa vie. Platon fut seulement fusillé le 28 août 1944, après la libération du département. Chef d’orchestre très opérationnel de l’épuration violente de l’été de la Libération et resté sous la férule de Péron, c’est l’historien Jacques Lagrange qui fut l’un des premiers chercheurs à indiquer qu’Urbanovitch avait eu des donneurs d’ordres politiques. En septembre 1944, le nouveau capitaine FTP assura également le transport à Paris de près d’un milliard de francs de l’époque (180 millions € actuels) sur les 2.280 millions pris au détriment de la Banque de France, dans un train, en gare de Neuvic-sur-l’Isle, le 26 juillet précédent.

Vingt ans après guerre, l’aventurier fut doté d’états de services extravagants par les soins de Roger Ranoux, prétendu ancien « chef départemental des FFI ». Telle une aussi précoce que mythique résistance à Paris, en 1940. Ou bien une attaque contre les Allemands, au pont de Castillon (Gironde) au cours de laquelle Urbanovitch aurait tué douze ennemis à lui seul. Engagé au 151e RI, le « régiment rouge » de Paris, l’aventurier fut membre des services de renseignements de l’armée, en Alsace, au début 1945. Pour autant, poursuivi pendant plusieurs années par cinq juges d’instruction militaires successifs et momentanément emprisonné, il fut élargi par les soins d’André Malraux.

Bénéficiaire des larges lois d’amnistie, protégé par l’omerta de l’époque et de complices appuis, il se sortit d’affaire par un non lieu des plus discutables, nanti de la Légion d’honneur, de la croix de guerre et de la rosette de la Résistance. En 1948, Christiane Couturoux, fille du chef AS René Couturoux, écrivit à l’ancien pilote américain Joel Mac Pherson pour le dissuader d’établir une recommandation à Doublemètre en lui faisant savoir « Urbanovitch est un homme dangereux » alors qu’elle décrivit la veuve de Pierre Lanxade, véritable ancien chef militaire FTP tué au combat, comme « une amie de la famille ». Formé par Pierre Worms, critique d’art réfugié en Périgord entre 1940 et 1944, l’ancien maquisard devint un marchand de peintures reconnu, installé rue du Faubourg-Saint-Honoré, à Paris. Dirigeant de l’association des « officiers de réserve républicains » du 17e arrondissement, il revint sous la surveillance des services de police parisiens pour ses affinités idéologiques et ses potentielles responsabilités dans le cadre d’un projet d’insurrection prêté au parti communiste.

En 1956, après l’écrasement du soulèvement hongrois, il fit partie des nombreux intellectuels à rompre avec le PCF et démissionna de l’association France-URSS. Longtemps veillé par Florence Larat, sa fille cachée, il mourut de maladie dans son hôtel particulier du VIIe arrondissement, le 31 décembre 1979. Ce fut après une vie d’excès et de paillettes sentencieusement narrée à son avantage par le peu regardant Who’s who puis ingénument reprise par la presse sitôt son décès.

Pendant la guerre d’Algérie, l’un de ses fils fut un parachutiste qui prétend avoir été décoré par Mitterrand. Désormais, son petit fils exerce la profession artistique de son aïeul dans le même quartier parisien que lui. Pour tout dire, Urbanovitch se serait certainement très bien entendu avec un autre lettré, colosse et flambeur comme lui si celui-ci n’était pas né un siècle avant lui. On sait en effet qu’Alexandre Dumas avait fait fortune par son art et collectionné les conquêtes féminines.

Sources :

  • centre d’archives contemporaines de Fontainebleau, « fonds de Moscou »
  • archives de la préfecture de police de Paris ; dossiers des officiers FFI, service historique de la Défense, Vincennes
  • archives départementales de la Dordogne
  • archives de la justice militaire, Le Blanc (Indre)
  • entretiens avec Florence Larat (†), Philippe et Roland Urban, enfants de l’intéressé
  • entretien avec Alexandre Urban, petit-fils de l’intéressé
  • Lagrange, 1944 en Dordogne
  • Gillot et Lagrange, L’Épuration en Dordogne selon Doublemètre et Le Partage des milliards de la Résistance
  • Gillot, thèse et Les Communistes en Périgord
  • Gillot et Maureau, Résistants du Périgord
  • Gillot, Chroniques des années de guerre en Périgord)
  • Beaubatie, Gillot et al., Le Périgord d’une guerre mondiale à l’autre
  • Gillot, Le maillon rouge, à paraître)

Pour aller plus loin : L’Epuration en Dordogne selon Doublemètre, Jean-Jacques Gillot et Jacques Lagrange, ed. Pilote 24, 2002

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Le drame des Alsaciens-Mosellans : documents

Pour compléter l’article de Charles Bohnert du 18 août, nous vous proposons ci-dessous une série de documents iconographiques qu’il nous a aimablement fournis.

NB : Cliquer sur les images pour consultation pleine page.

des interprétes qui vont connaitre les drames de l'épuration

Le Sonderführer en poste à Vierzon aux côtés de deux jeunes filles dont une est Alsacienne interprète. Elle sera condamnée à 20 ans de travaux forcés par contumace et à l’indignation nationale.

 

liste des interpretes sur Vierzon

Liste des interprètes à Vierzon

liste des victimes de faits de guerre

Liste des victimes des faits de guerre

Renseignements sur les fonctionnaires d’Alsace-Lorraine document PDF (cliquer sur l’hyperlien)

edmond shmitter - Copie

Edmond Schmitter

déliberation pour un alsacien

Délibération pour un Alsacien

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Condamnation

 

 

Le drame des Alsaciens-Mosellans en France

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(crédit photo : Etienne Hugel)

Charles Bohnert, membre fondateur de l’association HSCO parle courageusement du déni de justice qui a frappé les Alsaciens-Mosellans réfugiés, notamment dans la région de Vierzon dans le Cher. Un peu à la façon des animaux malades de la peste de Jean de la Fontaine.

Il est utile de rappeler qu’en septembre-octobre 1939, environ 120 000 Alsaciens-Lorrains, habitant près de la frontière allemande devenue zone des combats, seront transférés dans le Centre et le Sud-Ouest de notre pays.

Les différences culturelles, l’accent germanique ne facilitent pas l’intégration temporaire.

Les occupants vont avoir un besoin important et urgent d’interprètes. Ils vont donc engager massivement des Alsaciens-Lorrains naturellement bilingues.

A la Libération s’ouvrit une période de suspicion généralisée et administrative à l’encontre de nos compatriotes venus de l’Est, qualifiés souvent de boches.

Michel Martineau

Le drame des Alsaciens-Mosellans en France par Charles Bohnert

Durant les quatre années d’occupation, des réfugiés Alsaciens-Mosellans auront des activités liées à leurs emplois dans les départements annexés. Ex : dans l’enseignement, dans la gendarmerie, dans la police, dans les administrations de l’état. Pour toutes ces personnes à la Libération, une enquête des services de police sera demandée afin de leur permettre de retourner chez eux. Malheureusement dans certains cas, les agents chargés des enquêtes n’agissaient pas au mieux des intérêts des demandeurs. Des mises en détention administratives seront souvent la solution de facilité, ce qui va entraîner pour certains réfugiés, l’impossibilité de retrouver leur ancien travail au sein des administrations.

En 1944 et 1945, la chasse aux collaborateurs ou supposés sera un des buts principaux de certains (résistants). Chaque région, chaque ville a eu des interprètes. Si certains ont effectivement intégré les forces d’occupations dans divers services, beaucoup ne seront que des employés au titre d’interprète auprès des autorités Françaises et Allemandes. Malheureusement le regard qui sera porté sur eux par une partie de la population ne fera que provoquer une forme de haine vis-à-vis d’eux. Pour ces hommes et ces femmes, même en prouvant qu’ils avaient simplement fait un travail en toute honnêteté , les conséquences pour beaucoup seront des plus dramatiques. Plus de 72 ans après, pour beaucoup de personnes ces Alsaciens ou Mosellans restent des boches.

Lire la suite en format PDF (cliquer sur le lien) :

Le drame des Alsaciens-Mosellans par C. Bohnert

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Charles Bohnert, membre fondateur de l’association HSCO

Info publication membre : pavé explosif dans le marais Guingouin

Un seul châtiment pour les traîtres Xavier Laroudie

Xavier Laroudie lance un pavé explosif dans le marais Guingouin

Un gros pavé intitulé « Un seul châtiment pour les traîtres » publié par Geste éditions. À prendre à pleines mains. Sans pincettes.
Arrivé dans ma boîte à lettres j’ai commencé la lecture du livre et vous le recommande déjà. Il vaut le voyage.

Préfacé par Jean-Marc Berlière, professeur émérite d’histoire contemporaine et lanceur d’alerte sur l’épuration sauvage à la Libération, plus importante que ne le présente le bilan des enquêtes officielles.

Xavier Laroudie le prouve par sa chasse aux documents, aux archives et dans les états civils des communes de la Haute Vienne. Un travail de Romain. Dix années à débusquer les omertas, les légendes épiques et les cadavres d’inconnus, jetés dans des « fosses secrètes à proximité de maquis sulfureux ».

La balle dans la nuque signait le châtiment.
On sait que la Résistance dans le Limousin c’était d’abord Guingouin, « le préfet du Maquis » de « la petite Russie ».
Mais ce n’était pas que Guingouin chassé par le Parti communiste, puis rattrapé et repris dans la maison rouge peu d’années avant sa mort.
L’auteur se garde bien de jeter « le bébé avec l’eau du bain ». Il sait distinguer l’ivraie et le bon grain des authentiques résistants de ces temps troubles de la Libération. Son pavé va déranger les propriétaires du Marais qui vont le lui faire savoir bruyamment. Attendons nous à les voir bondir au dessus des roseaux et brandir le chiffon rouge du dénigrement de la Résistance et des Résistants. On connait.

Dans la préface, Jean-Marc Berlière signale le dernier livre (1) où Pierre Daix, ardent militant communiste, déporté à Mauthausen à 17 ans, rédacteur en chef des Lettres Françaises, collaborateur d’Aragon et ami de Picasso, « appelle de nouvelles générations d’historiens […] à en finir avec tous les dénis de mémoire qui subsistent, les oublis et les arrangements de bienséance ».

Xavier Laroudie, à son insu, répond à cet appel, et de belle manière !

Gilbert Moreux

Un seul châtiment pour les traîtres

1 « Les combattants de l’impossible, la tragédie occultée des premiers résistants communistes », Pierre Daix, éd. Robert Laffont 2013 p 220

Les combattants de l'impossible Pierre Daix