Table ronde au 19ème Rendez-vous de l’Histoire/Blois Octobre 2016

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(Crédit photo : rdv-histoire.com)

L’association HSCO sera présente au 19ème Rendez-vous de l’Histoire, dans le cadre du Festival Partir à Blois :

Table ronde de  l’association HSCO avec la participation de Gilbert Moreux, Jean-Marc Berlière, Franck Liaigre, Xavier Laroudie

Samedi 8 octobre 2016 de 16h00 à 17h30 à l’Ecole du Paysage, 9 rue de la Chocolaterie 41000 Blois

Pour plus d’informations, cliquez sur le lien ci-dessous :

Table ronde/Rendez-vous de l’Histoire Blois 2016

 

Affaire Guy Môquet : une mystification enfin déjouée

Lettre Guy Môquet

L’affaire Guy Môquet : une mystification enfin déjouée
Auteur : Gilbert Beaubatie, membre de l’HSCO

« La commémoration de la mort de Guy Môquet, de ses 26 compagnons d’infortune et de tous les autres fusillés [doit être] l’occasion de rappeler aux élèves des lycées l’engagement des jeunes gens et jeunes filles de toutes régions et de tous les milieux qui firent le choix de la résistance, souvent au prix de leur vie » : voici l’injonction que nous trouvons dans le B.O. du 30 août 2007, qui fait obligation à tous les lycées de France d’organiser une journée commémorative, au cours de laquelle lecture sera faite de la dernière lettre écrite à ses parents par Guy Môquet, à la veille d’être fusillé par les Allemands le 22 octobre 1941.

Cette initiative présidentielle a été diversement appréciée, approuvée par certains, stigmatisée par d’autres, à tel point que deux historiens professionnels ont décidé de mener une enquête sur ce qu’ils appellent L’Affaire Guy Môquet. A partir de la prescription officielle, une première question est, d’emblée, posée : est-ce que le jeune Guy Môquet a fait « le choix de la résistance, au prix de [sa] vie » ?

Lire la suite :

Affaire Guy Môquet

Pour aller plus loin, l’ouvrage en relation avec l’article :

l'affaire Guy Moquet Berlière Liaigre

L’affaire Guy Môquet, enquête sur une mystification officielle, Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, éd. Larousse, 2009

 

Info publication/« Les FTP : nouvelle histoire d’une Résistance »

Présentation du dernier ouvrage de notre membre Franck Liaigre aux éditions Perrin :

Franck Liaigre Les FTP

Chargés de mener la lutte armée au nom du Parti communiste français, les Francs-tireurs et partisans (FTP), créés en avril 1942 par la direction du PCF, ont été glorifiés par une mémoire prompte à exalter leur héroïsme. De Fabien à Manouchian, de Charles Tillon à Charles Debarge, les personnages légendaires ne manquent pas !

Pourtant, aucune étude scientifique n’avait été consacrée à ces hommes, faute d’archives, disait-on. Avec ce livre, c’est chose faite : Franck Liaigre a exploité de nombreux fonds d’archives et découvert des documents inédits au cours de quinze patientes années de recherche qui permettent désormais de placer les FTP sous un jour résolument nouveau : genèse, recrutement, fonctionnement, missions et idéaux… Rien n’échappe à ses questionnements qui répondent in fine à une interrogation centrale : quel bilan tirer du combat qu’ont livré les FTP au nom de la France, de la liberté… ou de l’idéal révolutionnaire ?

Les FTP : nouvelle histoire d’une Résistance, Franck Liaigre, collection synthèses historiques, éd. Perrin, 2015

Lire la présentation du livre par Jean-Marc Berlière :

Histoire critique Franck Liaigre JM Berlière

 

 

Compte-rendu projection-débat « Les FTP-MOI dans la Résistance »

Projection-débat du film documentaire « Les FTP-MOI dans la Résistance » sorti en 2013

18 février 2016 à 18 heures, auditorium de l’Hôtel de ville de Paris

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Compte-rendu et brefs commentaires de Michel Martineau

Tribune :

– Julien Lauprêtre, président du Secours Populaire
– Georges Duffau-Epstein, fils du colonel Gilles
– Laurence Karsznia, réalisatrice
– Mourad Laffitte, réalisateur
– Catherine Vieu-Charier, adjointe à la maire de Paris chargée de la Mémoire et du Monde Combattant

Dans la salle :

– Arsène Tchakarian, ex-FTP MOI, historien né en 1916
– Amiral J.C. Barrère, directeur de la fondation Charles de Gaulle
– Famille d’Henri Krazuki

Dans son introduction, la maire ajointe fait l’éloge d’Olga Bancic. Elle évoque le fléau du racisme et de l’antisémitisme, toujours actuel. Elle souligne l’engagement des 22 fusillés du 21 février 1944 au Mont Valérien. Elle appelle l’attention de la salle sur la présence du fils du colonel Gilles et de Julien Lauprêtre.

Le film débute par les dernières lettres de Manouchian et de Wolf Wajsbrot. On est dans l’émotionnel, on va y rester. On présente la MOI crée en1923 et sa référence à la CGTU. Le propos s’appuie sur des interventions de gens connus : Alya Aglan, Benoit Rayski, Arsène Tchakarian et moins connus : la nièce de Mélinée Manouchian, Katia Guiragossian et une dame âgée très charismatique, la sœur de Wajsbrot.

Le Parti communiste apparaît comme un des vecteurs de la défense de ces étrangers polonais, juifs, italiens, espagnols. Ils seraient 2 500 000 vers 1935. Leur motivation : la France est le pays des droits de l’Homme avec la référence au siècle des lumières.

Ensuite, s’enchaînent le Front Populaire, la guerre d’Espagne.

Guy Krivopissko, directeur du Musée de la Résistance Nationale intervient ensuite et s’exprime en termes généraux sur les sujets qu’il aborde. Dans le débat qui a suivi, l’antifascisme, le rôle de Manouchian et le génocide arménien ont été soulevés ainsi que la presse xénophobe, de « Gringoire » à « Je suis partout » sans oublier les écrits de Maurras et le rôle de la MOI CGTU.

La résistance armée est ensuite évoquée. Selon les intervenants, elle aurait eu un poids déterminant sur le cours de la guerre ! Il y a une sélection des références. Il n’est question que de Bourdarias le résistant communiste fusillé par les Allemands pour avoir été l’un des exécutants du lieutenant-colonel Karl Hotz à Nantes et seulement de lui. On oublie la participation de Brulstein et Guisco et on néglige les effets collatéraux de leurs gestes : les 48 otages exécutés en représailles. .

On fait partir la résistance communiste en juin 1941, mais on ne parle pas de Fabien et des conséquences humaines sur les otages de l’assassinat de l’aspirant Moser à la station de métro Barbès à Paris.

On parle d’avril 1942, date de l’engagement de Manouchian, et du printemps 1943 où l’on voit apparaître Epstein, qui devient la clé de voûte mémorielle de l’année 1943.

On évoque le détachement Carmagnole… On parle de Rol Tanguy et d’Epstein liés par la guerre d’Espagne. Une évocation surprenante présente des liens qui auraient existé entre Jean Moulin et Epstein avant guerre.

On en arrive au printemps 1943 : Epstein serait chef militaire de Paris RP et Boris Holban sera remplacé par Missak Manouchian.

Un assez long développement est consacré à Carmagnole et Marcel Langer.

On évoque l’affaire Faure Pinguely (1) sortie de son contexte et de ses conséquences.

Il est reconnu que les FTP sont peu nombreux mais qu’ils ont fortement inquiété les Allemands. J’y apprends que le général de Gaulle n’a pu prendre le pouvoir à Alger que grâce à Fernand Grenier, le communiste…

Au cours du film, il a fallu attendre pour que le rôle déterminant de la police française soit reconnu explicitement. Il y avait toujours le sous-entendu « d’arrêté par la Gestapo, les fascistes ». Il aurait été plus juste de dire que c’est la police française qui a fait l’essentiel du travail fin 1943 et combattu pour la libération de Paris en août 1944.

On aborde ensuite le thème : « A quoi a servi la Résistance ? » avec cette notion nouvelle de
« l’ esprit de résistance », de portée générale et actuelle. On donne la parole (enregistrée) à Stéphane Hassel, décédé en 2013, qui parle d’humanisme, de valeurs fondamentales et apporte sa caution de gaulliste de la première heure.

Après, il y a un eu un débat sur l’Affiche Rouge. J’ai des doutes quant à l’affichage généralisé en France et sur l’effet de mobilisation du peuple.

Heureusement, Benoît Rayski met bien les pendules à l’heure sur le dénouement parisien et le rôle déterminant de la police française.

Suivant le plan des réalisateurs, on parle du procès de l’hôtel Continental ; et Monsieur Lauprêtre rappelle les souffrances actuelles et une nouvelle Résistance dont il se fait le porte-parole.

Mourad Laffitte oriente son intervention conclusive sur les valeurs du CNR, la nouvelle montée du fascisme et d’un nouvel anti-sémitisme.

En conclusion :

On peut dire que les réalisateurs ont atteint leurs objectifs mais qu’ils ont omis de parler des effets collatéraux et de faire un rapprochement avec l’action des FTP français. Le rôle déterminant de la Préfecture de Police de Paris a été très sous-estimé.

J’ai été surpris de voir passer à la trappe une personnalité de la taille de Pierre Georges dit colonel Fabien alors qu’on a parlé de Brulstein, de Salkinov et de Bourdarias. A l’inverse, j’ai constaté que le colonel Gilles prenait de plus en plus d’importance…

Il y a encore du travail pour les chercheurs aux archives de la PP et aux AD 78, à Saint Quentin en Yvelines, référence 1 W175.

Michel Martineau

24 février2016

NB : voir par ailleurs le livre très récent de Franck Liaigre, « Les FTP, nouvelle histoire d’une résistance », ed. Perrin, 2015

(1) Sous Vichy, il y eut une justice d’exception sous le contrôle allemand mais aussi en concurrence avec les tribunaux du Reich. Le conseiller Jacques Faure-Pinguely présidait la section spéciale de Lyon du tribunal d’état. Il fut abattu chez lui par des FTP en décembre 1943, après le procès avec condamnation à mort de Simon Frid-Rabinovitch.

L’avocat général de Toulouse Pierre Lespinasse qui avait obtenu la tête du responsable FTP MOI
Marcel Langer en juillet 1943, sera tué en octobre 1943 par un homme seul de 7 balles de 7,65 en allant à la messe.

Il faut rappeler que les magistrats comme les policiers étaient les mêmes avant, pendant et après la guerre. Cette remarque vaut pour toutes les structures administratives de la France.