Printemps 1945 à Clermont-Ferrand

Le retour des prisonniers et travailleurs libérés par les Alliés

Par Jacques GANDEBEUF
La guerre n’est décidément jamais simple aux yeux des civils.
J’en avais eu la première intuition au printemps de 1945. C’était à Clermont-Ferrand, et l’on me pardonnera de le raconter.
La ville, depuis plusieurs semaines, attendait le retour de nombreux Auvergnats libérés par les Alliés. Les trains arrivaient d’Allemagne dans un incroyable désordre, sans prévenir, de jour comme de nuit. Les convois se multipliaient parfois dans une seule journée, alors qu’à d’autres moments, il fallait attendre une semaine sans rien voir venir. Des centaines de Clermontois s’agglutinaient, la gorge nouée, à la sortie de la gare et nul ne savait qui allait ressusciter. Nous les Scouts, nous joignions nos bâtons pour ménager une assez large allée dans la foule, afin de permettre aux rescapés de gagner lentement le premier autobus. Dès qu’il était plein, il partait vers les hôtels de Royat où l’attendait une nuée de secouristes en blouse blanche. Une voix, sortie du haut-parleur de la gare, annonçait à l’avance le nom du rescapé, à partir d’une liste de la Croix-rouge rédigée dans le train, sans doute à la hâte, et fournie aux cheminots : « Untel… prisonnier de guerre, Untel… déporté du travail, Untel… évadé, Untel… résistant emprisonné, Untel… déporté à Buchenwald, Untel… » Ils sortaient de la salle des pas-perdus, l’un après l’autre, en silence…
Les STO ne disaient trop rien. Ils savaient que dans l’esprit de certains Clermontois, il demeurait la vague idée qu’ils auraient pu gagner le maquis au lieu de partir travailler pour les Allemands. Comme si c’était facile ! Alors, ils montaient dans le car et disparaissaient. Les pauvres prisonniers des Stalag et des Oflag passaient, l’épaule basse, anxieux de découvrir les stigmates de leur absence au front ridé de leurs compagnes. Ils portaient leurs cinq années de barbelés comme un cilice amer sous la capote, et n’étaient que mollement honorés à l’applaudimètre. La foule ne réservait sa pure compassion qu’aux survivants de l’enfer concentrationnaire.Les « vrais déportés », comme on disait alors, sortaient souvent sur une civière, dans leur sinistre pyjama gris-bleu…Ils venaient de Dachau, de Dora, de Mauthausen ou de Buchenwald. Notez que nul ne parlait encore du martyre des Juifs dans les camps d’extermination de Pologne. Pour la bonne raison qu’il n’y en avait jamais dans ces premiers trains.A la vue de tous ces rescapés à la maigreur cireuse, le silence était troublé par des sanglots, tandis que des ondes de fureur zébraient la place. Les gens ne pouvaient deviner qu’au plus profond de leur regard absent, la conscience de ces malheureux avait définitivement remplacé l’esprit de vengeance par un désespoir sans retour à propos de la nature humaine.L’opinion auvergnate était trop marquée par l’infamie d’Oradour tout proche pour faire alors dans la nuance. Devant ces trains qui lui révélaient, d’un seul coup, toute la panoplie des malheurs, elle ne pouvait s’empêcher de distiller, au goutte-à-goutte, l’âpre liqueur du soupçon. Cette réaction compensatoire lui faisait oublier qu’elle aussi avait dû plier l’échine, devant l’occupant.
Mais lorsque nous vîmes sortir ensemble, et pour tout dire bras-dessus bras-dessous, Robert Marchadier, le patron des communistes du Puy-de-Dôme et Mgr Gabriel Piguet, l’évêque de Clermont-Ferrand, la ville en eût le souffle coupé. Ils revenaient de Dachau dans le même habit de tragédie.Les bourgeois de Clermont tirèrent difficilement un trait sur le souvenir de Robert-le-Rouge, qui leur faisait si peur lors des grèves si dures chez Michelin. Les ouvriers de Montferrand s’efforcèrent d’oublier la mollesse de l’évêque, longtemps considéré comme pétainiste.C’était bien la preuve que rien n’est jamais simple après les guerres, quand on voyait ces deux vieux ennemis réconciliés, lors d’un moment de grâce qui, certes, ne dura pas très longtemps. Mais leur photo fit le lendemain la Une dans tous les journaux.J’en étais là de ma révision déchirante lorsque la voix du haut-parleur annonça: « Mademoiselle Untel… travailleuse volontaire. » Un « Hou » lourdement viscéral jaillit aussitôt dans notre dos.

La masse électrisée se resserra vers la porte de la gare, poussée par le même instinct qu’on renifle aux arènes. Nous ne pouvions contenir le choc, avec mes copains, et notre allée déjà fort élastique se rétrécit à vue d’oeil, pas plus de 50 cm de large.

Je n’ai jamais su qui était cette malheureuse fille et veux bien admettre qu’elle n’incarnait pas la vertu patriotique. Ce que je sais, par contre, c’est que si elle avait pu imaginer ce qui l’attendait à Clermont, elle serait plutôt rentrée à pied vers l’Auvergne au lieu de monter dans ce train. Or justement, elle n’avait rien pressenti. J’en déduis qu’elle était, elle aussi, une innocente.

L’anonyme du haut-parleur qui l’avait mise au pilori était lui, un parfait salaud, comme les guerres en fabriquent à la pelle une fois qu’elles sont finies. Dès que la jeune femme apparut à la porte, poussée dans le dos par un autre courageux, des mains tentèrent de l’agripper tandis qu’elle gagnait péniblement l’autocar.

Je la vis marcher sur une trentaine de mètres, sous les crachats… Elle criait, elle pleurait, elle gémissait. On lui pinçait les bras, on lui tirait les cheveux… Devant moi, un petit bonhomme saisit au vol une boucle d’oreille et tira… repartant avec son butin ensanglanté. Le chauffeur sortit en courant pour la protéger, la poussa vers la portière du car et démarra en trombe. Derrière la vitre, je vis un déporté la consoler.
Et nous, les pauvres scouts, nous ne faisions pas le poids, trop innocents encore pour la défendre, trop ignorants pour tout comprendre, mais déjà vaguement écoeurés par notre jeune lâcheté.

Maintenant, imaginons qu’un « Malgré-nous » récupéré dans la pagaille à Berlin, se soit endormi par erreur dans le train des Auvergnats, pour se réveiller, trente heures plus tard, dans notre bonne gare de Clermont-Ferrand… La voix imbécile aurait certainement dépeint sa complexité mosellane avec délectation :

« Joseph Weber, Lorrain de Metz, incorporé dans l’armée allemande. »

Mais je ne suis pas sûr que notre « Malgré-nous » aurait pu gagner l’autobus sans être malmené.

(cf. La parole retrouvée)

En complément de cet article, voir ci-dessous un rapport de gendarmerie de Saône-et-Loire qui a trait au même sujet de la foule contre les femmes de retour d’Allemagne :

Le drame des Alsaciens-Mosellans : documents

Pour compléter l’article de Charles Bohnert du 18 août, nous vous proposons ci-dessous une série de documents iconographiques qu’il nous a aimablement fournis.

NB : Cliquer sur les images pour consultation pleine page.

des interprétes qui vont connaitre les drames de l'épuration

Le Sonderführer en poste à Vierzon aux côtés de deux jeunes filles dont une est Alsacienne interprète. Elle sera condamnée à 20 ans de travaux forcés par contumace et à l’indignation nationale.

 

liste des interpretes sur Vierzon

Liste des interprètes à Vierzon

liste des victimes de faits de guerre

Liste des victimes des faits de guerre

Renseignements sur les fonctionnaires d’Alsace-Lorraine document PDF (cliquer sur l’hyperlien)

edmond shmitter - Copie

Edmond Schmitter

déliberation pour un alsacien

Délibération pour un Alsacien

clauser 1

Condamnation

 

 

Le drame des Alsaciens-Mosellans en France

alsace occupation allemande hugel

(crédit photo : Etienne Hugel)

Charles Bohnert, membre fondateur de l’association HSCO parle courageusement du déni de justice qui a frappé les Alsaciens-Mosellans réfugiés, notamment dans la région de Vierzon dans le Cher. Un peu à la façon des animaux malades de la peste de Jean de la Fontaine.

Il est utile de rappeler qu’en septembre-octobre 1939, environ 120 000 Alsaciens-Lorrains, habitant près de la frontière allemande devenue zone des combats, seront transférés dans le Centre et le Sud-Ouest de notre pays.

Les différences culturelles, l’accent germanique ne facilitent pas l’intégration temporaire.

Les occupants vont avoir un besoin important et urgent d’interprètes. Ils vont donc engager massivement des Alsaciens-Lorrains naturellement bilingues.

A la Libération s’ouvrit une période de suspicion généralisée et administrative à l’encontre de nos compatriotes venus de l’Est, qualifiés souvent de boches.

Michel Martineau

Le drame des Alsaciens-Mosellans en France par Charles Bohnert

Durant les quatre années d’occupation, des réfugiés Alsaciens-Mosellans auront des activités liées à leurs emplois dans les départements annexés. Ex : dans l’enseignement, dans la gendarmerie, dans la police, dans les administrations de l’état. Pour toutes ces personnes à la Libération, une enquête des services de police sera demandée afin de leur permettre de retourner chez eux. Malheureusement dans certains cas, les agents chargés des enquêtes n’agissaient pas au mieux des intérêts des demandeurs. Des mises en détention administratives seront souvent la solution de facilité, ce qui va entraîner pour certains réfugiés, l’impossibilité de retrouver leur ancien travail au sein des administrations.

En 1944 et 1945, la chasse aux collaborateurs ou supposés sera un des buts principaux de certains (résistants). Chaque région, chaque ville a eu des interprètes. Si certains ont effectivement intégré les forces d’occupations dans divers services, beaucoup ne seront que des employés au titre d’interprète auprès des autorités Françaises et Allemandes. Malheureusement le regard qui sera porté sur eux par une partie de la population ne fera que provoquer une forme de haine vis-à-vis d’eux. Pour ces hommes et ces femmes, même en prouvant qu’ils avaient simplement fait un travail en toute honnêteté , les conséquences pour beaucoup seront des plus dramatiques. Plus de 72 ans après, pour beaucoup de personnes ces Alsaciens ou Mosellans restent des boches.

Lire la suite en format PDF (cliquer sur le lien) :

Le drame des Alsaciens-Mosellans par C. Bohnert

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Charles Bohnert, membre fondateur de l’association HSCO

Info publication membre : pavé explosif dans le marais Guingouin

Un seul châtiment pour les traîtres Xavier Laroudie

Xavier Laroudie lance un pavé explosif dans le marais Guingouin

Un gros pavé intitulé « Un seul châtiment pour les traîtres » publié par Geste éditions. À prendre à pleines mains. Sans pincettes.
Arrivé dans ma boîte à lettres j’ai commencé la lecture du livre et vous le recommande déjà. Il vaut le voyage.

Préfacé par Jean-Marc Berlière, professeur émérite d’histoire contemporaine et lanceur d’alerte sur l’épuration sauvage à la Libération, plus importante que ne le présente le bilan des enquêtes officielles.

Xavier Laroudie le prouve par sa chasse aux documents, aux archives et dans les états civils des communes de la Haute Vienne. Un travail de Romain. Dix années à débusquer les omertas, les légendes épiques et les cadavres d’inconnus, jetés dans des « fosses secrètes à proximité de maquis sulfureux ».

La balle dans la nuque signait le châtiment.
On sait que la Résistance dans le Limousin c’était d’abord Guingouin, « le préfet du Maquis » de « la petite Russie ».
Mais ce n’était pas que Guingouin chassé par le Parti communiste, puis rattrapé et repris dans la maison rouge peu d’années avant sa mort.
L’auteur se garde bien de jeter « le bébé avec l’eau du bain ». Il sait distinguer l’ivraie et le bon grain des authentiques résistants de ces temps troubles de la Libération. Son pavé va déranger les propriétaires du Marais qui vont le lui faire savoir bruyamment. Attendons nous à les voir bondir au dessus des roseaux et brandir le chiffon rouge du dénigrement de la Résistance et des Résistants. On connait.

Dans la préface, Jean-Marc Berlière signale le dernier livre (1) où Pierre Daix, ardent militant communiste, déporté à Mauthausen à 17 ans, rédacteur en chef des Lettres Françaises, collaborateur d’Aragon et ami de Picasso, « appelle de nouvelles générations d’historiens […] à en finir avec tous les dénis de mémoire qui subsistent, les oublis et les arrangements de bienséance ».

Xavier Laroudie, à son insu, répond à cet appel, et de belle manière !

Gilbert Moreux

Un seul châtiment pour les traîtres

1 « Les combattants de l’impossible, la tragédie occultée des premiers résistants communistes », Pierre Daix, éd. Robert Laffont 2013 p 220

Les combattants de l'impossible Pierre Daix

L’abjection est universelle

femme tondue
(source : photo extraite du livre « Femmes tondues, la diabolisation de la femme en 1944 », Dominique François, éd. Cheminements, 2006)

Paroles de Mervin et de Laroudie, paroles de Breton et de Limousin … Après lecture des prises de positions de ces deux membres de l’HSCO, j’ai souhaité leur faire part de ma propre expérience en ce domaine. J’ai passé le temps de l’Occupation en région parisienne. Il est évident de dire que par comparaison avec la Bretagne et la R5, la situation a été nettement moins troublée. La préfecture de Police faisait contre-poids aux Communistes et les éléments de la 2ème DB venaient en renfort.

L’ordre républicain fut promptement rétabli avec quelques couacs du type de la prison privée de l’école dentaire du 13ème arrondissement. Cet établissement qui était tenu par le capitaine FTP Bernard n’avait rien à envier à la Gestapo française de la rue Lauriston Paris 16ème. Et dire que cet enfer qui a duré deux mois était à quelques centaines de mètres du PC du colonel Fabien… (voir « Ainsi finissent les salauds » de Jean-Marc Berlière et Franck Liaigre, ed. Robert Laffont, 2012 et aussi sur internet :  « L’âge de Caïn, premiers témoignages sur les dessous de la Libération de Paris » de Jean-Pierre Abel, éd. Nouvelles, 1947).

Il y a une quinzaine d’année, lorsque j’ai abordé l’étude de la période de l’Occupation, j’ai recensé tous les livres disponibles sur le sujet dans les bibliothèques municipales avec les incontournables monopoleurs de la pensée basique, Ouzoulias et Amouroux. Amouroux était proche de mes propres souvenirs mais peu synthétique.
Ouzoulias m’est apparu suspect quand il a abordé des situations et des gens que je connaissais bien, un tueur compulsif de Français, intelligent, sans repères, transformé en bisounours catholique ! J’ai lu aussi des ouvrages de journalistes qui bricolaient sur des épaves des archives des BS de la préfecture de Police…

Ah ! Ces fameuses archives détruites, disparues… mais bien au chaud dans les caves de la PP (la grande oreille mais aussi la grande mémoire).

Ensuite j’ai abordé les Archives nationales, persuadé que j’allais me faire virer comme un malpropre ! Bien au contraire, j’ai reçu le meilleur accueil. J’avais parmi mes nombreux objectifs de consulter les dossiers criminels des années 1943/1944.

J’ai pris le chemin de Fontainebleau où étaient logées les Archives qui m’intéressaient. A mon premier chemin de croix, à l’heure où blanchit la campagne, après une bonne heure de Transilien crasseux, j’arrive à Fontainebleau ville impériale. Je suis avec une bande de doctorants dans le coaltar et mutiques. Là une navette généreusement affrétée par l’Administration doit nous transporter aux Archives coincées dans la forêt, à proximité de la route nationale. J’avais connu une chose comparable avec le camp d’instruction du 1er régiment du train à Montlhéry.

Afin de donner un éclairage complémentaire aux propos d’Yves Mervin et de Xavier Laroudie, je vais essayer de restituer ci-dessous l’essentiel de mes notes.
Je vais m’exprimer sur des faits survenus en France à la même période et ainsi apporter un supplément d’ambiance générale.

Aux A.N. de Fontainebleau, les affaires criminelles sont sous la référence 1 987 0802 et pour mon propos, les boîtes 5, 6, 7 et suivantes.

Je peux ainsi synthétiser mon examen des cartons sur les affaires criminelles. Par respect pour les familles, je ne donnerai jamais de noms.
La seule chose que je m’efforcerai de retenir, c’est le climat et la tendance de l’évolution
des comportements criminels.

Le premier constat concerne la police qui continue, de jour comme de nuit, à faire son travail d’une façon très professionnelle, comme avant guerre. Il est très important de noter que « les flics de Vichy » le sont devenus par un coup de baguette magique en juillet 1940. Il n’est pas inutile de rappeler que les Chambres réunies ont piteusement abandonné, à une majorité écrasante, le mandat qu’elle avaient reçu du Peuple à un vieillard de 84 ans… Il y a des dossiers clairs, bien présentés, bien rédigés, avec photos, parfois glaçantes, divers documents d’enquête. On constate la permanence de la procédure en 1940, 1944, 1955.

Tout y passe : Les crimes, les tentatives, que cela concerne des Français ou des Allemands – victimes ou assassins – ! Un allemand est impliqué ? Il y a enquête et transmission à la Feldgendarmerie. Il y a beaucoup de policiers tués et par forcément pour des motifs recevables au plan de la collaboration. On les tue parce qu’ils sont flics de Vichy, pour ce qu’ils sont, pas pour ce qu’ils auraient fait. C’est une sorte de roulette russe !

A partir de 1943, s’ensuit un crescendo de femmes exécutées sommairement. Le principal reproche concerne le fait qu’elles couchent avec les Allemands. Parfois l’accusation est pire et souvent vérifiée, elles dénoncent allègrement à ce que les gens nomment la Gestapo. La police qui fait son travail dit dans ses rapports : la femme X « fille soumise » a été tuée par les FTP car, selon toute vraisemblance, elle était indicateur de la police allemande…

Parmi les victimes se trouve naturellement une majorité de membres de la Milice, de la LVF, du PPF, du Groupe collaboration, Francistes et Pétainistes de tout poil.
L’armement des « terroristes » évolue. On passe du 6,35 début 1943 au 7,65 puis au 9mm parabellum et à la mitraillette Sten ou à la Thomson de 11,43.
La Thomson a été utilisée lors l’attentat très médiatisé contre l’intendant de police de Toulouse Berthelet, le 5 octobre 1943.
Exceptionnellement, la victime se rebiffe, comme ce maire du Val d’Oise nanti d’un port d’arme, qui a pu dégainer et mettre ses deux agresseurs en fuite.

La période suivante va de janvier à avril 1944. On conserve les mêmes tendances lourdes. Les traîtres, selon la dialectique communiste, sont des femmes à la cuisse légère, des curés, des collabos de toutes sortes et quelques Allemands. Par-ci par-là quelques bons crimes crapuleux, comme jadis !
J’ai maintenant une référence géographique. L’ensemble de ces méfaits est semble-t-il, bien localisé. D’abord dans le nord du pays puis essentiellement dans le sud/sud-ouest. Il s’agit de Toulouse, du Lot et Garonne, de la Drôme, du Vaucluse, des Hautes-Alpes et des Alpes de Haute-Provence (ex : B A,H A ).

Le nombre de policiers assassinés est très important, sans qu’on sache pour quelles raisons objectives. Nous arrivons à la conclusion suivante, c’est que dans bien des cas, comme pour les Juifs, on les a supprimés pour ce qu’ils étaient !

On relève aussi clairement le cas de gens assassinés par la police allemande qui comprenait beaucoup de Français fusillés à la Libération ou liquidés au coin d’un bois.

La police pendant cette période difficile mène ses enquêtes avec le même professionnalisme. Certaines de ces enquêtes aboutiront en 1951 voire 1953 parfois stoppées par les lois d’amnistie ; ces enquêtes n’ont aucune exclusive, elles concernent tout le monde : victimes des FTP, de la Milice, du Milieu, des Allemands.
Les inspecteurs ne pratiquent pas encore la langue de bois de notre époque et de plus ils ont un français de qualité. Les motifs invoqués par les enquêteurs le sont sur le comportement des victimes bien connu de la Grande Maison. Avec de faibles moyens la police de 1944 pourrait donner des leçons à ses contemporains concernés. Parmi les motifs on peut noter : « couche avec les Allemands », « dénonce des collaborateurs », « a des accointances avec les Communistes »… , no limit !

Nous aborderons maintenant la période qui couvre grosso modo l’année 1944 ; on dénombre pour la période plus de 2000 affaires. Mais il n’y a pas tout. En effet
il y a d’autres dépôts, des documents perdus, des pièces compromettantes volées, des drames à jamais inconnus.

La concentration des affaires peut se résumer aux régions approximatives suivantes : Nord, Bretagne, Alpes, Provence, Massif Central, Aquitaine. Il y a peu de chose pour l’Île de France, dont le département de la Seine, car nous n’avions pas les chiffres de la préfecture de Police.
Parmi les victimes, il y a des gens tués par la Résistance (pris comme terme générique pouvant recouvrir des réalités diverses). Nous faisons allusion ici à une pseudo-résistance qui tue par exemple une grand mère avec son petit fils de 4 ans, une femme de prisonnier de 35 ans avec ses fillettes de 6 et 13 ans, au motif présumé de sympathie pour l’occupant.

A l’occasion on vole l’argent liquide, les provisions, on viole etc. Des familles entières sont supprimées au motif que le chef de famille est collabo, mais on tue aussi la femme, les enfants et le bébé dans son berceau. Beaucoup de femmes sont encore assassinées, toujours pour le même motif. Les exécutions sommaires par les Allemands sont nombreuses et brutales. La bête est aux abois. Un exemple parmi tant d’autres de l’inhumanité de ces gens là : 5 à 30 jeunes gens de 18 à 20 ans sont tués au détour d’un chemin forestier après avoir été dépouillés de leurs papiers. Comment les reconnaître ?

La police et la gendarmerie continuent leur travail quelques soient les gouvernements, Pétain, de Gaulle, la 4ème République. Les enquêtes suivent patiemment
jusqu’à leur aboutissement vers 1948/1949, parfois plus tard. Les assassins sadiques de l’école dentaire n’en avaient pas encore fini avec la police en 1953.
L’impression qui se dégage est que malgré la tempête, les structures de l’Etat sont restées en place, ce qui nous aura évité la révolution prolétarienne ou l’occupation américaine.

Michel Martineau

Mars 2016

Edit (HSCO) suite au commentaire de Cagouille, deux ouvrages pour aller plus loin :

bleubite boudard

Bleubite, Alphonse Boudard, éd. Plon, 1966

au bon beurre dutourd
au bon beurre dutourd 2

Au bon beurre, scènes de la vie quotidienne sous l’Occupation, Jean Dutourd, éd. Gallimard, 1952

(Source photo : Amazon)

Un tabou de l’Histoire : Les policiers résistants

UN TABOU DE L’HISTOIRE : LES POLICIERS RESISTANTS

POLICIERS-REBELLES-couv-2juin

Le 21 août 1944, L’Humanité note : « le Comité Parisien de Libération a pu, avec juste raison, afficher sur les murs de Paris : Policiers, nous sommes fiers de vous ! ». Le 22, le Conseil National de la Résistance publie une motion par laquelle il « porte spécialement à la connaissance du pays le magnifique courage des défenseurs de la Préfecture de Police, proclamant que l’attitude héroïque de la police parisienne est à la fois un exemple donné à tous, et une promesse d’amitié française entre le peuple de la capitale et les gardiens de l’ordre républicain. » Le même CNR rendra hommage dans son compte-rendu d’activité à « la police parisienne, (…) faisant front contre l’ennemi et marchant avec le peuple ». Le 8 septembre Rol écrit : « Dès le premier jour, (…) par suite de la magnifique résistance de la Préfecture de Police, les boches ont été stupéfiés et ont perdu leur sang-froid ».

Puis, à Paris et ailleurs, les mémoires se refaçonnent. Le matraquage des idées reçues l’emporte sur la réalité. Peu se souviennent que c’est aux policiers que Paris doit sa Libération. Moins encore savent la réalité de ce qu’écrit le CNR quand il évoque « l’esprit de Résistance (…) si prompt et si puissant » de cette police. Aujourd’hui, la Fondation de la Résistance est de ceux qui occultent la place de la police… Les mémoires ont été reconfigurées, et l’Histoire avec. Or les premiers groupes de la Résistance policière se créent dès juillet-août 1940. Les cadres du Coq Gaulois au commissariat parisien des Ternes (dont son chef, le commissaire Albert Louis Lebon, Compagnon de la Libération) sont arrêtés le 21 janvier 1941, remis à la justice allemande par le préfet de police Roger Langeron lui-même et condamnés à la déportation deux mois plus tard. Le groupe Frise de l’agent administratif Sarah Rosier tombe deux jours après le Coq, avec le même résultat. Le groupe Valmy sera démantelé par les Brigades Spéciales en mars 1943 : son créateur, le brigadier-chef Arsène Poncey, mourra à Mauthausen. Son adjoint, le commissaire Edmond Dubent, arrêté en décembre 1943 avec son collègue Charles Henri Porte -le premier collaborateur de Jean Moulin- disparaîtra à Nordhausen après avoir créé le plus gros mouvement de la PP, L’Honneur de la Police (près de 1500 policiers) et alors qu’il préparait un attentat contre la Gestapo française de la rue Lauriston. Tout au long de la guerre, des agents parisiens vont servir la Résistance, pendant que certains de leurs collègues s’affrontent avec un Parti Communiste au comportement aussi variable qu’ambigu. Et c’est un membre de la police parisienne, Paul Campinchi, qui créera l’important réseau d’évasions Shelburn. Un autre, Daniel Ungemach-Benedite sera l’adjoint et successeur de Varian Fry au Comité Américain de Secours à Marseille. C’est un gardien de la paix de Paris – le radio Jean-Baptiste Allard- qui guidera l’avancée des forces du Débarquement en Normandie. C’est aussi un policier, le brigadier Armand Fournet, qui sera le premier à forcer l’entrée de l’Hôtel de Ville de Paris le 20 août 1944.

Dans le reste de la France, le même phénomène éclot. Le brigadier lillois Jules Noutour crée La Voix du Nord en juillet 1940 et y associe de nombreux collègues. Une douzaine de policiers français de la concession de ShanghaÏ rejoignent simultanément de Gaulle : les missions en France de l’inspecteur Roger Lardy permettront le développement de Témoignage Chrétien et la remise d’une lettre de de Gaulle à Mgr Saliège, l’évêque de Toulouse. A Calais l’inspecteur Marcel Féty crée le réseau Jean de Vienne. A Alger, le commissaire André Achiary propose tôt un plan de dissidence militaire et administrative, avant d’être, avec José Aboulker, le coorganisateur du débarquement allié en novembre 1942 : le commissariat local, siège du poste de commandement du « coup » qui neutralisa l’état-major de l’Armée d’Afrique, se verra récompensé d’une rare médaille de la Résistance. Et ce sont des policiers qui, à Marseille, libèreront Marie-Madeleine Méric (la patronne du réseau L’Alliance) et l’accompagneront en Angleterre. Parallèlement, d’autres policiers créent une dizaine de réseaux dont Ajax, sous l’égide du commissaire Achille Peretti, et jusqu’en Indochine où le commissaire Jacques Obrecht meurt en déportation pour avoir constitué un groupe de résistants. Certains se trouveront à la tête de sections à Bir-Hakeim (les commissaires Bourgoin, Blanchet, Favre ou l’inspecteur Verniolle), quand d’autres dirigeront de gros maquis (tel l’agent administratif Pierre Hergault à Saint-Brieuc), y laissant parfois leur vie (l’inspecteur André Jeanne-Bouillar –Dédé le Basque– dans le Bordelais ou son collègue Charles Mary en Dordogne), et l’inspecteur Pierre Paul Ulmer sera le chef de région R6. Dans le Nord, c’est le commandant de gardiens de la paix Adolphe Herry qui entraînera dès 1943 dans la Résistance les trois Groupes Mobiles de Réserve de la Région (ancêtres des CRS) : il y laissera la vie.

Ces engagements multiformes ne doivent pas occulter les rafles et actions contre les étrangers (surtout Juifs) réfugiés en nombre en France, et rejetés par la majorité de la population, mais des policiers vont aussi contribuer au sauvetage de Juifs. Lors de la rafle du Vél d’Hiv, les informations distillées par les policiers permettront de sauver plus de 11000 Israélites. 53 policiers seront d’ailleurs faits Justes parmi les Nations, parmi bien d’autres qui ont contribué aux sauvetages, tel le gardien Robert Barbier, capturé en juillet 1942 en faisant passer 17 Juifs en zone libre et mort en déportation. Si, appliquant les textes de la IIIe République, une minorité de policiers motivés a aussi lutté avec une belle constance contre un Parti Communiste aux convictions changeantes, d’autres ont rejoint son annexe, le Front National de la Police, qui sera la seconde composante de la Résistance policière parisienne. L’épuration réservera un sort sans grandes nuances aux policiers jusqu’au boutistes de Vichy, tout en épargnant le préfet René Bousquet et leurs autres chefs non-policiers ou les magistrats. Avec à la clé une question iconoclaste : qu’aurait été une France libérée avec un PC dans toute sa puissance ? Une autre dictature ? Une seconde DDR ? On ne peut que regretter la décision de de Gaulle de privilégier la vengeance/exorcisme contre la France de Vichy -même sur ceux qui n’ont pas trahi, mais défendu un autre patriotisme- au détriment d’une réconciliation. Il a ainsi favorisé, par la transformation des forces de l’ordre en boucs émissaires, une épuration sauvage dont l’économie pouvait en grande partie être faite.

Pour mémoire, moins de 10% des résistants non-communistes ont été arrêtés par les polices françaises, qui par contre ont interpellé 80% des communistes capturés. Et 75% des Juifs de France ont survécu : une « aberration » dans l’Europe occupée… Quelques autres chiffres, pour finir : près de 3500 policiers (sur 65000) ont accompli des actes de résistance clairement identifiables, plusieurs dizaines de milliers furent pour le moins passifs – avec les risques que cela comportait-, plus de 1400 sont arrêtés -par les Allemands, les Italiens ou les Japonais et parfois par d’autres Français- et internés. Près de 4000 ont été révoqués et quelques 600 furent déportés. Au total 800 sont morts à l’occasion de leurs activités résistantes. Neuf seront Compagnons de la Libération.

La Résistance policière n’est pas une illusion. Confondant l’institution avec ceux qui la composent, la majorité de nos historiens voient l’arbre (quelques centaines de policiers collaborateurs) et non la forêt (de milliers de policiers patriotes) qu’il cache.

Luc RUDOLPH

Auteur de Policiers Rebelles (2014, Ed SPE) et Policiers contre policiers (2015, Ed SPE).

Pour aller plus loin :

Interview de Luc Randolph

Extraits de l’ouvrage « Policiers rebelles »

Compte-rendu colloque « L’épuration de la région R5 »

Compte-rendu du colloque «  L’Epuration dans la région R5 « , samedi 21 novembre 2015, Centre d’Etudes Supérieures, Châteauroux (Indre) par Xavier Laroudie (secrétaire général de l’HSCO)

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Chers amis,

Permettez-moi de jouer un peu les reporters afin de vous faire partager la vision personnelle qui me reste du colloque auquel j’ai participé hier, le samedi 21, à Châteauroux, au Centre d’Études Supérieures. (Ce colloque s’est déroulé le 21 novembre dernier). Le sujet était « L’épuration dans la Région R5 (Berry, Limousin, Périgord) ». Le Centre de Réflexion, d’Études et de Documentation de l’Indre (C.R.E.D.I) organisait ce colloque.

L’amphi était comble, une centaine de personnes étaient présentes. Une riche plaquette donnait le programme : 8 intervenants devaient se succéder de 9h 30 à 17 h 00, entrecoupés de temps pour les questions toutes les 2 interventions (Entre 10 et 15 mn pour les questions).

L’affaire était prometteuse et le président du CREDI, Jean-Pierre Surrrault, ajoutait à mon excitation alors qu’il annonçait dans sa présentation du colloque, que les archives s’ouvrant et que les historiens n’ayant de cesse d’y puiser des informations nouvelles, nous allions en avoir pour notre argent.

En effet, je n’ai pas été déçu…

Chaque intervenant traitait de l’épuration dans le département qu’il avait « étudié ». Chacun d’entre eux, et ce fut pour moi le premier enseignement, engageait son laïus par un préambule, et unanimement, à l’unisson, nous étions informés qu’il était grand temps, à l’aune de recherches récentes, de tordre le cou à la vieille légende qui veut que les formations FTPF aient eu davantage de responsabilité que l’AS dans les exécutions sommaires de l’épuration. Il est à noter qu’aucun des intervenants n’apportera la moindre information ni démonstration étayant ce postulat. Je n’étais pas encore glacé d’effroi en entendant ça, le meilleur étant à redouter plus tard, je préférais m’économiser. Chacun des intervenants marquait aussi le soin attentif de préciser que les juridictions mises en place un peu dans l’urgence dans les départements dès la Libération pour « juger » les épurés, ont été attentives à ne condamner que des collaborateurs avérés… Le ton était définitivement donné. Compte tenu du niveau général de recherche produit par chacun dans son thème respectif, je ne m’étonne même plus que cette assertion ne soit pas davantage étayée que la précédente. Entre chacune des interventions, le président avait immanquablement un charmant petit commentaire mi candide mi complice qui congratulait et encensait la recherche historique nouvelle qui enfin faisait taire les croyances malheureusement répandues qui voulaient que l’épuration « ait été un bain de sang épouvantable ». Nous voilà rassurés.

À titre d’exemple et à propos du bilan de l’épuration sauvage dans le département de la Dordogne, et suite à ma question, un intervenant lâche du bout des lèvres un bilan de 1000 exécutions sommaires. Je lui demandais alors s’il ne trouvait pas que c’était « beaucoup » (Dans le sens : « Ce chiffre mériterait tout de même au moins un commentaire ») et lui faisais aussi remarquer qu’un autre intervenant avait le matin même évoqué pour le même département le chiffre de 375… Je n’obtenais bien sûr pas de réponse sur ce delta qui me faisait conclure publiquement qu’il était urgent pour eux de travailler encore pour au moins se mettre d’accord en affinant ce chiffre qui en avait manifestement énormément besoin. C’est seulement après cela qu’ils pourront produire publiquement un chiffre. Mais une autre intervention, à propos d’un autre département, m’ouvrait encore une perspective nouvelle sur ces accumulations d’approximations. En effet, là, en toute simplicité, l’intervenant admettait aisément, sans gêne, après avoir disserté pendant une demi-heure sur l’épuration dans son département, que pour connaître le nombre d’exécutions liées à des décisions des tribunaux de l’épuration, il faudrait pour ça étudier les dossiers de justice conservés aux Archives Départementales, ce qu’il ferait peut-être un jour… Là les bras m’en tombaient et le sentiment d’entendre finalement des exposés de classes d’histoire de 1ère m’envahissait.

Malheureusement, le temps imparti aux questions du public était très limité et seulement 2 questions au total étaient autorisées après chacun des exposés… Devant moi, un spécialiste de Tito et de la Yougoslavie ne manquait pas de mobiliser le micro pour disserter sur sa politique de non-alignement, je devais ferrailler à chaque fois pour pouvoir poser quelques anodines questions et placer quelques courtes remarques ayant trait au sujet de l’épuration en R5.

Mais si je m’étais ménagé jusqu’alors puisque mes recherches personnelles ne me permettaient pas un avis tranché sur d’autres départements que le mien, lorsque Fabrice Grenard a pris la parole à propos de la Haute-Vienne, mon martyr commença. Je crois que j’ai tout entendu et plus encore.

Bien sûr, la tirade réglementaire du préambule fut là encore activée et là encore, il fallait tordre le cou aux vieilles légendes tenaces qui voulaient que les FTP ait eu une prépondérance sur l’épuration sauvage ou même légale en Haute-Vienne…

Pour faire plus efficace, je décidais de noter 3 points significatifs de l’intervention de Fabrice Grenard, pour ensuite cibler mes réponses.

– Les FTP n’ont pas eu de prépondérance en matière d’épuration en Haute-Vienne.
– Les exécutions liées à des décisions de justice à la Libération étaient justifiées et seuls des collaborateurs en furent les victimes.
– Le Colonel Guingouin, chef des FTP de Haute-Vienne a exécuté (ou fait exécuter) 16 personnes au titre de l’épuration sauvage, pas davantage.

Je me suis concentré sur ces 3 seuls points car j’avais de quoi anéantir ces trois assertions de Fabrice Grenard en 3 phrases ou presque.

Ma première remarque fut pour asséner à Grenard 2 chiffres répondants à la première proposition : Le maquis FTP du « colonel Bernard », responsable FTP du sous-secteur C de la Haute-Vienne affiche à lui seul un bilan de 73 exécutions sommaires ! Celui des frères Sandlarz, à la tête du 2e bataillon FTP du sous-secteur D de la Haute-Vienne affiche lui un bilan de 41 exécutions sommaires… Soupir d’étonnement dans le public. Bien sûr, pas une formation autre que les FTP n’approche même de très très loin un tel bilan.

Puis j’embrayais sur ma deuxième remarque – L’équité sans équivoque des tribunaux FFI de la Libération – (A Limoges : « Cours de justice militaire FFI ») Je me contentais de lire un jugement de ce tribunal de Limoges du 24 août 1944 que j’avais eu le soin d’apporter et qui concerne la comparution d’un nommé Camille Beauvais que le tribunal dépeint comme un « simplet ». Finalement, on ne retient rien contre lui. Mais ce qui n’empêche pas le tribunal de conclure que « Compte tenu de son infériorité mentale, le prévenu sera une charge pour une société future plutôt qu’un élément constructif ». Ce qui conduit à l’exécution de Beauvais le 26 août suivant. (Limoges est libéré le 21 août.) Là, un silence de mort planait dans la salle… Les mouches volaient, puis des manifestations d’effarement suivaient.

Enfin, je m’attaquais au bilan de l’épuration sauvage sur le secteur de Guingouin : 16 victimes selon Fabrice Grenard. Il restreignait alors la période que concerne ce chiffre : « 16 victimes jusqu’au mois de mars-avril 1944 » rectifiât-il… Ce à quoi je répondais qu’il était intéressant d’évoquer un bilan global pour obtenir un chiffre d’ensemble qui ne serait pas découpé en tranches au fur et à mesure des démonstrations de l’historien. L’épuration se serait-elle interrompue, pour Guingouin, en mars-avril 1944 ?

Après avoir manifesté mon étonnement dès lors que ce chiffre de 16 personnes mollement défendu par Grenard était celui qui était proposé par le (vieux) Comité de Soutien à Georges Guingouin, j’assénais le chiffre de mes recherches personnelles : Sur le secteur de Guingouin ce sont 113 victimes que je dénombrais, état-civil de chaque victime à l’appui. Au fond, un sanguin se lève, s’agite, m’invective, hurle… Il est écarlate, pointe son doigt sur moi, il ironise : « Non, Guingouin a tué 1000 personnes tant qu’on y est ! » Je répétais à l’encan que sur le secteur de G. Guingouin, 113 (et pas 1000) personnes avaient été assassinées. Il a fini par se calmer.

L’intervention de Grenard étant la dernière, je prenais attache avec lui en particulier pour une confrontation apaisée de nos sources et chiffres. Il m’apprenait là que pour ce qui concerne ses travaux à propos du maquis des frères Sandlarz, il était dans l’incapacité d’affirmer qu’il était chef d’un maquis FTP plutôt qu’AS car il commandait un « faux maquis », ce qui selon lui, coupait court. Là encore j’étais abasourdi par ce que j’hésitais encore à qualifier d’incompétence ou de mauvaise foi… je l’interrogeais pour savoir quelles archives il avait consultées pour se forger ce point de vue. La réponse : « J’ai écrit un livre à ce sujet ». Mais avait-il consulté les archives du tribunal militaire permanent de Bordeaux où sont classés les dossiers d’instructions relatives aux exactions commises par les Sandlarz ? Non, bien sûr que non… Il m’avoua même ignorer que les Sandlarz avaient été justiciables devant cette juridiction militaire au début des années cinquante… S’il avait consulté ces archives, il aurait pu voir s’égrener au fil des pages, des pages et des pages les informations rattachant sans le moindre doute la formation des frères Sandlarz aux FTPF. Quand on s’intéresse à reconstituer l’organigramme des maquis de ce secteur, l’on sait qu’Ils ont eu des responsabilités à l’état-major du 2° bataillon FTP puisque l’un des frère le commandait… je ne comprends toujours pas l’aveuglement absurde de Fabrice Grenard.

En conclusion je dirais que je ne regrette finalement pas d’être venu. J’ai pu observer le niveau de travail des historiens « accrédités ». j’ai pu me faire une idée de la suffisance de certains masquant une incompétence jouant sur un public assez peu exigeant au final. J’ai pu prendre la température de la tenue d’un colloque où les professionnels n’avaient, (paraît-il) pas souhaité partager la tribune avec des « amateurs ». Qu’ils se rassurent, je n’avais effectivement pas grand-chose à faire avec la plupart des intervenants. Loin de moi l’intention d’opposer professionnels et amateurs, cette querelle me paraissant déjà d’un autre âge, mais j’ai pu constater que la qualité du travail, une certaine pugnacité, définissait la valeur du chercheur qu’il soit pro ou amateur. En fait, ce qui me laissera le goût le plus amer est de penser que finalement, est ce que Grenard en a quelque chose à faire qu’un « peigne zizi » (merci Gilbert !) d’historien du dimanche, le contredise dans le cadre d’un colloque à Châteauroux ?

Merci à tous ceux qui auront été jusqu’au bout, qu’ils me pardonnent des remarques sans doute un peu sanguines.

Xavier Laroudie.