La guerre du Gardien de la paix Allard/Jean Alliot

Un article par Luc Rudolph

Le 5 février 1943, le gardien de la paix de la Préfecture de Police Jean-Baptiste Allard Indou se trouve à Carantec avec trois autres agents, dont son collègue Albert Billard, tous membres de L’Alliance, pour être transférés vers l’Angleterre. Ils embarquent sur l’Yvonne et rejoignent la Grande-Bretagne à Salcombe le 7 février, non sans avoir essuyé une forte tempête. Ils séjournent à Patriotic School pour le traditionnel criblage de sécurité jusqu’au 8 mars. L’aventure d’Allard commence alors vraiment. Né en 1904 à Avessac (Loire-Inférieure), il est entré à la Préfecture de Police comme gardien de la paix en mars 1928 : il y deviendra opérateur radio. Allard rejoint la Résistance, qu’il sert à plein temps, comme agent P2 dès mai 1942 : il est révoqué de ses fonctions le 22 février 1943. Arrivé en Angleterre, le voici membre des FFL, devenu  Jean Alliot…

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Luc Rudolph est l’auteur de Policiers Rebelles et Policiers contre policiers, ed. SPE

Séance dédicace/Michel Martineau

affichette dédicace Michel Martineau

Michel Martineau, trésorier de l’association HSCO sera présent le lundi 29 août 2016 à la librairie Ars Presse, dans la charmante bourgade rétaise d’Ars-en-Ré, pour la dédicace de son ouvrage « Les inconnus de l’affiche rouge ».

Ars presse, 10 place Carnot 17590 Ars-en-Ré

 

Un tabou de l’Histoire : Les policiers résistants

UN TABOU DE L’HISTOIRE : LES POLICIERS RESISTANTS

POLICIERS-REBELLES-couv-2juin

Le 21 août 1944, L’Humanité note : « le Comité Parisien de Libération a pu, avec juste raison, afficher sur les murs de Paris : Policiers, nous sommes fiers de vous ! ». Le 22, le Conseil National de la Résistance publie une motion par laquelle il « porte spécialement à la connaissance du pays le magnifique courage des défenseurs de la Préfecture de Police, proclamant que l’attitude héroïque de la police parisienne est à la fois un exemple donné à tous, et une promesse d’amitié française entre le peuple de la capitale et les gardiens de l’ordre républicain. » Le même CNR rendra hommage dans son compte-rendu d’activité à « la police parisienne, (…) faisant front contre l’ennemi et marchant avec le peuple ». Le 8 septembre Rol écrit : « Dès le premier jour, (…) par suite de la magnifique résistance de la Préfecture de Police, les boches ont été stupéfiés et ont perdu leur sang-froid ».

Puis, à Paris et ailleurs, les mémoires se refaçonnent. Le matraquage des idées reçues l’emporte sur la réalité. Peu se souviennent que c’est aux policiers que Paris doit sa Libération. Moins encore savent la réalité de ce qu’écrit le CNR quand il évoque « l’esprit de Résistance (…) si prompt et si puissant » de cette police. Aujourd’hui, la Fondation de la Résistance est de ceux qui occultent la place de la police… Les mémoires ont été reconfigurées, et l’Histoire avec. Or les premiers groupes de la Résistance policière se créent dès juillet-août 1940. Les cadres du Coq Gaulois au commissariat parisien des Ternes (dont son chef, le commissaire Albert Louis Lebon, Compagnon de la Libération) sont arrêtés le 21 janvier 1941, remis à la justice allemande par le préfet de police Roger Langeron lui-même et condamnés à la déportation deux mois plus tard. Le groupe Frise de l’agent administratif Sarah Rosier tombe deux jours après le Coq, avec le même résultat. Le groupe Valmy sera démantelé par les Brigades Spéciales en mars 1943 : son créateur, le brigadier-chef Arsène Poncey, mourra à Mauthausen. Son adjoint, le commissaire Edmond Dubent, arrêté en décembre 1943 avec son collègue Charles Henri Porte -le premier collaborateur de Jean Moulin- disparaîtra à Nordhausen après avoir créé le plus gros mouvement de la PP, L’Honneur de la Police (près de 1500 policiers) et alors qu’il préparait un attentat contre la Gestapo française de la rue Lauriston. Tout au long de la guerre, des agents parisiens vont servir la Résistance, pendant que certains de leurs collègues s’affrontent avec un Parti Communiste au comportement aussi variable qu’ambigu. Et c’est un membre de la police parisienne, Paul Campinchi, qui créera l’important réseau d’évasions Shelburn. Un autre, Daniel Ungemach-Benedite sera l’adjoint et successeur de Varian Fry au Comité Américain de Secours à Marseille. C’est un gardien de la paix de Paris – le radio Jean-Baptiste Allard- qui guidera l’avancée des forces du Débarquement en Normandie. C’est aussi un policier, le brigadier Armand Fournet, qui sera le premier à forcer l’entrée de l’Hôtel de Ville de Paris le 20 août 1944.

Dans le reste de la France, le même phénomène éclot. Le brigadier lillois Jules Noutour crée La Voix du Nord en juillet 1940 et y associe de nombreux collègues. Une douzaine de policiers français de la concession de ShanghaÏ rejoignent simultanément de Gaulle : les missions en France de l’inspecteur Roger Lardy permettront le développement de Témoignage Chrétien et la remise d’une lettre de de Gaulle à Mgr Saliège, l’évêque de Toulouse. A Calais l’inspecteur Marcel Féty crée le réseau Jean de Vienne. A Alger, le commissaire André Achiary propose tôt un plan de dissidence militaire et administrative, avant d’être, avec José Aboulker, le coorganisateur du débarquement allié en novembre 1942 : le commissariat local, siège du poste de commandement du « coup » qui neutralisa l’état-major de l’Armée d’Afrique, se verra récompensé d’une rare médaille de la Résistance. Et ce sont des policiers qui, à Marseille, libèreront Marie-Madeleine Méric (la patronne du réseau L’Alliance) et l’accompagneront en Angleterre. Parallèlement, d’autres policiers créent une dizaine de réseaux dont Ajax, sous l’égide du commissaire Achille Peretti, et jusqu’en Indochine où le commissaire Jacques Obrecht meurt en déportation pour avoir constitué un groupe de résistants. Certains se trouveront à la tête de sections à Bir-Hakeim (les commissaires Bourgoin, Blanchet, Favre ou l’inspecteur Verniolle), quand d’autres dirigeront de gros maquis (tel l’agent administratif Pierre Hergault à Saint-Brieuc), y laissant parfois leur vie (l’inspecteur André Jeanne-Bouillar –Dédé le Basque– dans le Bordelais ou son collègue Charles Mary en Dordogne), et l’inspecteur Pierre Paul Ulmer sera le chef de région R6. Dans le Nord, c’est le commandant de gardiens de la paix Adolphe Herry qui entraînera dès 1943 dans la Résistance les trois Groupes Mobiles de Réserve de la Région (ancêtres des CRS) : il y laissera la vie.

Ces engagements multiformes ne doivent pas occulter les rafles et actions contre les étrangers (surtout Juifs) réfugiés en nombre en France, et rejetés par la majorité de la population, mais des policiers vont aussi contribuer au sauvetage de Juifs. Lors de la rafle du Vél d’Hiv, les informations distillées par les policiers permettront de sauver plus de 11000 Israélites. 53 policiers seront d’ailleurs faits Justes parmi les Nations, parmi bien d’autres qui ont contribué aux sauvetages, tel le gardien Robert Barbier, capturé en juillet 1942 en faisant passer 17 Juifs en zone libre et mort en déportation. Si, appliquant les textes de la IIIe République, une minorité de policiers motivés a aussi lutté avec une belle constance contre un Parti Communiste aux convictions changeantes, d’autres ont rejoint son annexe, le Front National de la Police, qui sera la seconde composante de la Résistance policière parisienne. L’épuration réservera un sort sans grandes nuances aux policiers jusqu’au boutistes de Vichy, tout en épargnant le préfet René Bousquet et leurs autres chefs non-policiers ou les magistrats. Avec à la clé une question iconoclaste : qu’aurait été une France libérée avec un PC dans toute sa puissance ? Une autre dictature ? Une seconde DDR ? On ne peut que regretter la décision de de Gaulle de privilégier la vengeance/exorcisme contre la France de Vichy -même sur ceux qui n’ont pas trahi, mais défendu un autre patriotisme- au détriment d’une réconciliation. Il a ainsi favorisé, par la transformation des forces de l’ordre en boucs émissaires, une épuration sauvage dont l’économie pouvait en grande partie être faite.

Pour mémoire, moins de 10% des résistants non-communistes ont été arrêtés par les polices françaises, qui par contre ont interpellé 80% des communistes capturés. Et 75% des Juifs de France ont survécu : une « aberration » dans l’Europe occupée… Quelques autres chiffres, pour finir : près de 3500 policiers (sur 65000) ont accompli des actes de résistance clairement identifiables, plusieurs dizaines de milliers furent pour le moins passifs – avec les risques que cela comportait-, plus de 1400 sont arrêtés -par les Allemands, les Italiens ou les Japonais et parfois par d’autres Français- et internés. Près de 4000 ont été révoqués et quelques 600 furent déportés. Au total 800 sont morts à l’occasion de leurs activités résistantes. Neuf seront Compagnons de la Libération.

La Résistance policière n’est pas une illusion. Confondant l’institution avec ceux qui la composent, la majorité de nos historiens voient l’arbre (quelques centaines de policiers collaborateurs) et non la forêt (de milliers de policiers patriotes) qu’il cache.

Luc RUDOLPH

Auteur de Policiers Rebelles (2014, Ed SPE) et Policiers contre policiers (2015, Ed SPE).

Pour aller plus loin :

Interview de Luc Randolph

Extraits de l’ouvrage « Policiers rebelles »