Documentaire « Policiers sous l’Occupation – Des policiers témoignent »

 

Le documentaire « Policiers sous l’Occupation – Des policiers témoignent », réalisé par Arnaud GOBIN, et dont Jean-Marc BERLIERE est l’auteur, a été édité en DVD.

 

DVD POLICIERS SOUS L'OCCUPATION

Synopsis

La police française sous le régime de Vichy, peut se repentir de nombreux actes et se glorifier de certains autres. Elle était à l’oeuvre dans les grandes rafles de Marseille et du Vel d’hiv, mais aussi, jour après jour, dans la recherche et l’incarcération de familles juives. Bousquet et Darnand, créateurs de la milice anti-résistants ont été des responsables majeurs de la police durant l’occupation. Mais dans ce DVD, ce sont des fonctionnaires, souvent modestes qui témoignent, certains avec un peu de honte et pour les autres avec fierté, de ce que fut leur rôle de 1941 à 1944. Des familles entières leur doivent la vie, malgré l’horrible vague de dénonciations.

 

Le DVD est disponible

Sur Amazon ( !) par le lien suivant :

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On peut aussi le télécharger en streaming les 4 épisodes (2,99 l’épisode) : exemples

https://www.imineo.com/documentaires/histoire/france/policiers-sous-occupation-episode-03-repression-raciale-video-26979.htm

 

https://www.imineo.com/documentaires/histoire/france/policiers-sous-occupation-episode-04-resistance-epuration-video-26980.htm

 

Printemps 1945 à Clermont-Ferrand

Le retour des prisonniers et travailleurs libérés par les Alliés

Par Jacques GANDEBEUF
La guerre n’est décidément jamais simple aux yeux des civils.
J’en avais eu la première intuition au printemps de 1945. C’était à Clermont-Ferrand, et l’on me pardonnera de le raconter.
La ville, depuis plusieurs semaines, attendait le retour de nombreux Auvergnats libérés par les Alliés. Les trains arrivaient d’Allemagne dans un incroyable désordre, sans prévenir, de jour comme de nuit. Les convois se multipliaient parfois dans une seule journée, alors qu’à d’autres moments, il fallait attendre une semaine sans rien voir venir. Des centaines de Clermontois s’agglutinaient, la gorge nouée, à la sortie de la gare et nul ne savait qui allait ressusciter. Nous les Scouts, nous joignions nos bâtons pour ménager une assez large allée dans la foule, afin de permettre aux rescapés de gagner lentement le premier autobus. Dès qu’il était plein, il partait vers les hôtels de Royat où l’attendait une nuée de secouristes en blouse blanche. Une voix, sortie du haut-parleur de la gare, annonçait à l’avance le nom du rescapé, à partir d’une liste de la Croix-rouge rédigée dans le train, sans doute à la hâte, et fournie aux cheminots : « Untel… prisonnier de guerre, Untel… déporté du travail, Untel… évadé, Untel… résistant emprisonné, Untel… déporté à Buchenwald, Untel… » Ils sortaient de la salle des pas-perdus, l’un après l’autre, en silence…
Les STO ne disaient trop rien. Ils savaient que dans l’esprit de certains Clermontois, il demeurait la vague idée qu’ils auraient pu gagner le maquis au lieu de partir travailler pour les Allemands. Comme si c’était facile ! Alors, ils montaient dans le car et disparaissaient. Les pauvres prisonniers des Stalag et des Oflag passaient, l’épaule basse, anxieux de découvrir les stigmates de leur absence au front ridé de leurs compagnes. Ils portaient leurs cinq années de barbelés comme un cilice amer sous la capote, et n’étaient que mollement honorés à l’applaudimètre. La foule ne réservait sa pure compassion qu’aux survivants de l’enfer concentrationnaire.Les « vrais déportés », comme on disait alors, sortaient souvent sur une civière, dans leur sinistre pyjama gris-bleu…Ils venaient de Dachau, de Dora, de Mauthausen ou de Buchenwald. Notez que nul ne parlait encore du martyre des Juifs dans les camps d’extermination de Pologne. Pour la bonne raison qu’il n’y en avait jamais dans ces premiers trains.A la vue de tous ces rescapés à la maigreur cireuse, le silence était troublé par des sanglots, tandis que des ondes de fureur zébraient la place. Les gens ne pouvaient deviner qu’au plus profond de leur regard absent, la conscience de ces malheureux avait définitivement remplacé l’esprit de vengeance par un désespoir sans retour à propos de la nature humaine.L’opinion auvergnate était trop marquée par l’infamie d’Oradour tout proche pour faire alors dans la nuance. Devant ces trains qui lui révélaient, d’un seul coup, toute la panoplie des malheurs, elle ne pouvait s’empêcher de distiller, au goutte-à-goutte, l’âpre liqueur du soupçon. Cette réaction compensatoire lui faisait oublier qu’elle aussi avait dû plier l’échine, devant l’occupant.
Mais lorsque nous vîmes sortir ensemble, et pour tout dire bras-dessus bras-dessous, Robert Marchadier, le patron des communistes du Puy-de-Dôme et Mgr Gabriel Piguet, l’évêque de Clermont-Ferrand, la ville en eût le souffle coupé. Ils revenaient de Dachau dans le même habit de tragédie.Les bourgeois de Clermont tirèrent difficilement un trait sur le souvenir de Robert-le-Rouge, qui leur faisait si peur lors des grèves si dures chez Michelin. Les ouvriers de Montferrand s’efforcèrent d’oublier la mollesse de l’évêque, longtemps considéré comme pétainiste.C’était bien la preuve que rien n’est jamais simple après les guerres, quand on voyait ces deux vieux ennemis réconciliés, lors d’un moment de grâce qui, certes, ne dura pas très longtemps. Mais leur photo fit le lendemain la Une dans tous les journaux.

J’en étais là de ma révision déchirante lorsque la voix du haut-parleur annonça: « Mademoiselle Untel… travailleuse volontaire. » Un « Hou » lourdement viscéral jaillit aussitôt dans notre dos.

La masse électrisée se resserra vers la porte de la gare, poussée par le même instinct qu’on renifle aux arènes. Nous ne pouvions contenir le choc, avec mes copains, et notre allée déjà fort élastique se rétrécit à vue d’oeil, pas plus de 50 cm de large.

Je n’ai jamais su qui était cette malheureuse fille et veux bien admettre qu’elle n’incarnait pas la vertu patriotique. Ce que je sais, par contre, c’est que si elle avait pu imaginer ce qui l’attendait à Clermont, elle serait plutôt rentrée à pied vers l’Auvergne au lieu de monter dans ce train. Or justement, elle n’avait rien pressenti. J’en déduis qu’elle était, elle aussi, une innocente.

L’anonyme du haut-parleur qui l’avait mise au pilori était lui, un parfait salaud, comme les guerres en fabriquent à la pelle une fois qu’elles sont finies. Dès que la jeune femme apparut à la porte, poussée dans le dos par un autre courageux, des mains tentèrent de l’agripper tandis qu’elle gagnait péniblement l’autocar.

Je la vis marcher sur une trentaine de mètres, sous les crachats… Elle criait, elle pleurait, elle gémissait. On lui pinçait les bras, on lui tirait les cheveux… Devant moi, un petit bonhomme saisit au vol une boucle d’oreille et tira… repartant avec son butin ensanglanté. Le chauffeur sortit en courant pour la protéger, la poussa vers la portière du car et démarra en trombe. Derrière la vitre, je vis un déporté la consoler.
Et nous, les pauvres scouts, nous ne faisions pas le poids, trop innocents encore pour la défendre, trop ignorants pour tout comprendre, mais déjà vaguement écoeurés par notre jeune lâcheté.

Maintenant, imaginons qu’un « Malgré-nous » récupéré dans la pagaille à Berlin, se soit endormi par erreur dans le train des Auvergnats, pour se réveiller, trente heures plus tard, dans notre bonne gare de Clermont-Ferrand… La voix imbécile aurait certainement dépeint sa complexité mosellane avec délectation :

« Joseph Weber, Lorrain de Metz, incorporé dans l’armée allemande. »

Mais je ne suis pas sûr que notre « Malgré-nous » aurait pu gagner l’autobus sans être malmené.

(cf. La parole retrouvée)

En complément de cet article, voir ci-dessous un rapport de gendarmerie de Saône-et-Loire qui a trait au même sujet de la foule contre les femmes de retour d’Allemagne :
LIVRES DE JACQUES GANDEBEUF

Sans la police parisienne la rafle du Vel d’Hiv ne pouvait être organisée

La question de la responsabilité est bien entendu complexe

ALAIN MICHEL EN CONFERENCE

Alain MICHEL en conférence / Photo Par Thiranos — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=18864724

Par Alain MICHEL, Historien, rabbin

D’une manière très étrange, la rafle du Vel d’Hiv est entrée dans la mémoire collective française comme le symbole par excellence de la culpabilité du gouvernement de Vichy et de sa participation à l’application de la Solution finale. Peu importe la réalité, complexe, de cette période de l’histoire : c’est un véritable culte aux morts qui est rendu, une fixation de la mémoire, un objet politico-historique auquel, depuis sa « canonisation » officielle par Jacques Chirac en 1995, il est absolument interdit de toucher. Il s’agit là d’une instrumentalisation de l’histoire qui, même si elle se met en place avec les meilleures intentions du monde, n’en reste pas moins opposée à une saine conception de l’élaboration du passé. Or l’histoire, quand elle ne se fait pas négation de la réalité, doit rester libre, indépendante de telles circonstances temporelles qui ont amené à fixer une certaine interprétation de l’événement ; indépendante surtout du monde politique dont les intérêts sont loin d’être des intérêts de recherche de vérité, ou même d’hommage sincère aux victimes.

Est-ce à dire que Marine Le Pen aurait raison lorsqu’elle déclare que « la France n’est pas responsable du Vel d’Hiv » ? Rien n’est moins sûr, car tout dépend du contenu que l’on donne aux mots « France » et « responsable ». Certes, il serait ridicule d’accuser la France de 2017 d’être responsable d’un événement tragique qui s’est déroulé il y a 75 ans, mais la France en tant qu’entité historique, en tant que continuum de l’histoire, a une responsabilité de transmission de son histoire sous tous ses aspects, positifs comme négatifs. De Gaulle avait tort : la vraie France, la France Eternelle, n’existe qu’à condition qu’elle assume son passé dans son intégralité, avec les questions et les remises en cause que les historiens doivent apporter pour continuer à façonner l’image de ce passé global.

La question de la responsabilité est bien entendu, plus complexe. Si par « responsable » on entend « initiateur, programmateur, organisateur », alors non, la Rafle du Vel d’Hiv ne s’est pas déroulée sous responsabilité française. Les Allemands ont décidé la rafle avant, ont programmé son organisation, et ont pris les décisions après, celles qui ont amené à la déportation et à l’assassinat de 13.000 Juifs, hommes, femmes et enfants, pour la plupart étrangers. Par contre si être responsable, ce que je crois, c’est accomplir, même sur ordre, les actes qui ont permis ces arrestations et leurs conséquences, alors, oui, la police de Vichy et le gouvernement ont une part de la responsabilité, même si elle n’est pas la principale. Sans la police parisienne la rafle ne pouvait être organisée, mais sans la volonté et les décisions allemandes la police française n’aurait jamais commis ces arrestations.

Est-ce à dire que la France de Vichy n’a qu’une responsabilité limitée? Oui si on se focalise sur ce qui se passe à Paris en juillet 1942, non si on élargit notre champ de vision en considérant les arrestations et les déportations d’août 1942 en zone libre, où là l’initiative comme la réalisation sont françaises, même si elle se déroule en liaison avec les Allemands. Or, pour paraphraser le début de ce texte, de manière très étrange la rafle de zone Sud a disparu de la mémoire collective française, alors qu’elle est la réalité par excellence de la culpabilité du gouvernement de Vichy et de sa participation à l’application de la solution finale. Comme quoi, dans la mémoire collective également, un train peut en cacher un autre.

Dernier ouvrage : Vichy et la Shoah, enquête sur le paradoxe français, deuxième édition, Elkana 2015.

Article paru dans :

http://www.huffingtonpost.fr/alain-michel/responsabilite-vel-dhiv-vichy_a_22033834/

ALAIN MICHEL LIVRE VIENT DE PARAITRE

La guerre du Gardien de la paix Allard/Jean Alliot

Un article par Luc Rudolph

Le 5 février 1943, le gardien de la paix de la Préfecture de Police Jean-Baptiste Allard Indou se trouve à Carantec avec trois autres agents, dont son collègue Albert Billard, tous membres de L’Alliance, pour être transférés vers l’Angleterre. Ils embarquent sur l’Yvonne et rejoignent la Grande-Bretagne à Salcombe le 7 février, non sans avoir essuyé une forte tempête. Ils séjournent à Patriotic School pour le traditionnel criblage de sécurité jusqu’au 8 mars. L’aventure d’Allard commence alors vraiment. Né en 1904 à Avessac (Loire-Inférieure), il est entré à la Préfecture de Police comme gardien de la paix en mars 1928 : il y deviendra opérateur radio. Allard rejoint la Résistance, qu’il sert à plein temps, comme agent P2 dès mai 1942 : il est révoqué de ses fonctions le 22 février 1943. Arrivé en Angleterre, le voici membre des FFL, devenu  Jean Alliot…

Lire la suite en PDF : La guerre du Gardien Allard

Luc Rudolph est l’auteur de Policiers Rebelles et Policiers contre policiers, ed. SPE

Conférence « Résistants du Périgord » mardi 21 mars 2017 Strasbourg

Jean-Jacques Gillot donnera une conférence ce mardi à partir de 18h au Snack Michel, 20 avenue de la Marseillaise 67000 Strasbourg

Il dédicacera également son ouvrage « Résistants du Périgord » de 16h à 19h à la librairie Ehrengarth, 14 route du Polygone 67000 Strasbourg Neudorf

Collaboration économique et Occupation

Un article de Emmanuel de Chambost

Faire l’histoire des entreprises

J’ai mis le pied dans la recherche historique avec l’Histoire de la direction du PCF dans la clandestinité entre 1941 et 1944 c’était en quelque sorte une pépite non exploitée sur laquelle j’étais tombé par hasard et qui avait révélé et activé mon goût pour l’investigation historique. Avec des charges de famille et une activité professionnelle d’ingénieur impliquant beaucoup de temps de transport, je n’avais guère la disponibilité pour enchaîner les projets.

Bien m’en a pris finalement, ce temps de gestation d’une douzaine d’années – où je gardais quand même une pratique de l’histoire grâce à l’internet naissant – m’a permis de parfaire ma culture historique et je terminais en 2009 ma carrière professionnelle en écrivant l’histoire de l’entreprise dans laquelle j’avais travaillé pendant vingt ans. CAMECA, c’est son nom avait été une ancienne filiale de la CSF, une société que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, mais qui a donné naissance à Thomson-CSF devenu par simple changement de nom, Thales, en 2000, à l’époque où bien d’autres groupes effaçaient les traces de leurs origines françaises…

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Collaboration économique E. de Chambost

Emmanuel de Chambost est notamment l’auteur de La Radioélectricité en France sous

l’Occupation, La Compagnie générale de télégraphie sans fil, enfance du groupe Thales,

L’Harmattan, 2012

Le site d’Emmanuel de Chambost :

http://siteedc.edechambost.net/CSF/Histoire_CSF_occupation.html